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  • Plan banlieues

    En déjeunant dans le petit restaurant de cette cité dite défavorisée -ou sensible- je me retrouve à la table des "commerçants" : le boucher Aveyronnais, le buraliste Auvergnat, la marchande de chaussures Algérienne.
    « Alors ce plan, banlieues ? » La réponse vient de la plus vive de nous quatre, la femme, bien entendu. Une petite trentaine, blonde aux cheveux bouclés, elle me prend par surprise avec son air sérieux : « ça marche très bien, très, très bien… ».

    « Eh oui reprend le boucher, le deal est le suivant…Mais regardez à l’extérieur vous allez comprendre : alors, c’est pas le salon de l’auto chez nous  ? »
    Effectivement. Au dehors Mercédes, Audi et Honda toutes neuves sont arrêtées sur le parking, portes ouvertes. Des garçons d’une vingtaine d’années, impeccablement vêtus de survêtements et de baskets de marque discutent paisiblement.
    « Le plan banlieues ici c’est ça ! Vous voulez vendre votre came ? Pas de problème à condition que la cité soit calme. A la moindre agression, vol ou, bien sûr, tentative d’émeute, la police arrête le business, sans compter que l’un ou l’autre de ces jeunes et heureux propriétaires de voitures de luxe se retrouve en garde à vue puis, avec un peu de malchance, au repos pour 12 à 18 mois dans la prison toute neuve. »

    Poussé par le jeu j’enchaîne “c’est peut-être bien comme ça, au moins vous avez la paix “. “C’est même excellent" dit la marchande de chaussures qui pratique décidément l'humour noir. “On échange la santé et l'avenir de nos jeunes contre de la tranquillité jusqu’aux prochaines élections. Regardez ces petits de 12 ans qui jouent innocemment à côté des voitures de leurs aînés. Ils ne sont pas mignons ? Mais ils n’ont qu’une idée : s’ils ne peuvent pas devenir footballeurs ils feront comme eux et deviendront dealers. C’est pas beau ça ? Et puis ils ne vendent pas qu’aux jeunes du lycée technique ou aux bobos de la haute ville. De la drogue il s’en consomme ici aussi.”
    Le buraliste enchaîne “alors quand j’affiche l’Express avec leur article sur la cocaïne, tout le monde se marre, ou pleure, c’est selon -la mère du gamin qui avait été défénestré il y a 5 ans pour avoir dit ce qu’il ne fallait pas dire, elle pleure, elle, bien sûr-  mais ce qui est certain c’est que la cocaïne, elle n'est pas loin.”
    A ce moment un jeune de 20 à 24 ans arrive dans le café. Très pâle, il semble épuisé et commande un café au comptoir. “Celui là, dit le buraliste, il a rien compris. Levé à 3 heures du matin il travaille à l'hyper pour porter la bouffe qui arrive par camion au petit matin et doit être mise en rayons. A midi il rentre, dort une heure, peut à peine manger et à deux heures il est à son deuxième travail à manier du papier et des bouquins chez un grand libraire. Il fait comme ça une journée de 8 heures à l’hyper et une de 4 heures à son deuxième boulot. Résultat 1000 euros net à peine parce que certains jours ils n'ont pas besoin de lui. Sa femme ne travaille pas faute de papiers et s’occupe du bébé. “
     “ Pourquoi ne fait-il pas comme les autres ? “
     “ Quand on connaît la mère on a la réponse, c’est religion, religion et religion. Sur les murs, que des photos de La Mecque ou des versets du Coran. C’est bien beau mais on se demande des fois qui a raison.”

     

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    En repartant je me gare et je passe devant le monument "aux martyrs de l’Algérie Française". Une bannière est déployée : « union des rapatriés", je crois.
    Et j’entends de petites voix chevrotantes pousser, timidement, le chant des Africains.
    Rewind. Retour en arrière. Je me souviens de l’avoir chanté en 1964 , jeune lycéen, place Saint Michel. L'Algérie était perdue mais c'était toujours le chant de ralliement. A gauche sur le boulevard, barrage de cars de police. Au milieu, nous et la fontaine Saint-Michel. A droite dans la rue qui remonte vers l’Odéon, les gauchistes, lourdement équipés, casques de moto, matraques. Souvenirs d’une défaite, suivie de quelques autres. Nos voix ne tremblaient pas, comme celles d’hier au monument, mais on avait peur. Comme on préférait encore les gauchistes à la police on a percé vers l’Odéon. C’était le but recherché : qu’on se frappe entre « fraternels adversaires ». Quatre ans après, en mai 1968, même si on avait mis le temps on avait fini par comprendre et, gauchistes ou pas, tous étaient du même côté de la barricade.
     
    Remarquez que les rapatriés ne sont pas très rapides non plus. Comment peuvent ils se tromper –et se laisser tromper- en permanence ?
    Actifs, intelligents et courageux ils mettent en valeur une terre bénie des dieux. Ils la développent de façon exemplaire. Mais –tout petit détail- ils oublient qu'il y a des hommes qui étaient là avant leur arrivée et leur grand bond en avant. Et les Arabes ou les Kabyles, déshérités du pays qui est le leur, ne reçoivent même pas les soins que les Européens prodiguent à leurs vignes.
    En 1960, un lieutenant des SAS*, que j’admirais comme un chevalier de jadis (Ah, ce képi couleur du ciel de ses yeux et ces galons dorés comme le blé au soleil ! ) confiait ceci à l'enfant que j'étais : "mon instituteur -un appelé Bourguignon qui fait la classe, donne la douche et nourrit quarante petits garçons et filles de 4 à 10 ans- me montre  des gamins qui souffrent de tumeurs incroyables ou de maladie des yeux inconnues en métropole. Aucun suivi médical. Pas de médecins. Sauf le jeune médecin aspirant qui y fait son service depuis quelques mois. Seul avec sa jeep et un infirmier dans un secteur de 200 kilomètres carrés. Et pourtant les villages, par l’émigration saisonnière, fournissent la main d’œuvre  des plus grandes exploitations de la région. Mais l'administration et les pieds-noirs s’en moquent. Ca durera ce que ça durera. ».
    Comme le plan banlieue de mes amis les commerçants ?
     
    Et un  jour, on aurait pu s’en douter, les Arabes et les Kabyles en ont eu assez. Dans la crainte de l’indépendance, les Français d’Algérie ont amené au pouvoir le seul qui avait toujours dit que les Européens n'avaient pas leur place sur cette terre : De Gaulle qui, bien sûr, s’empresse de joindre le geste à la parole et les fait déguerpir. C'était un homme de droite, l'autorité…bien rassurant pour les vieilles Algéroises…La seule différence c'est que les seuls à les avoir défendus étaient les socialistes, Mitterrand notamment, et dès 1954. Mais les pieds-noirs l'avaient déjà oublié en 1958.
    C’est un destin de toujours se tromper. Le couronnement -c’est le cas de le dire- c’est quand ils ont voté aux dernières présidentielles pour le seul candidat qui représentait l'exact contraire de ce qu’ils voulaient. En fait ils ont toujours, depuis 1830, choisi l’ordre fort contre l’ordre juste. Et parfois un peu méprisé ceux qui étaient différents d’eux : il paraît que ça ne marche pas le mépris et la force, ensemble.
     

    *SAS : sections administratives spécialisées, organisées par l'armée dès novembre 1955 pour pallier le sous développement administratif de l'Algérie rurale. Sous-développement que les militaires ont découvert et auquel ils ont tenté de remédier en moins d'un an. Alors que depuis plus d'un siècle l'Etat ne s'en était pas avisé. On comprend peut-être mieux les choses en marchant dans la boue qu'en glissant sur les parquets cirés des ministères.

  • "Caramel " de la Libanaise Nadine Labaki.

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    Comment ne pas être séduit par « Caramel » premier long-métrage de la Libanaise Nadine Labaki ?

    Comme l’expliquent « secrets de tournage » du site Allocine.fr, Nadine Labaki a choisi le titre Caramel pour deux raisons : « C'est la pâte épilatoire faite à la manière orientale : un mélange de sucre, de citron et d'eau que l'on fait bouillir jusqu'à ce qu'il devienne du caramel. On étale ce mélange sur du marbre pour qu'il refroidisse un peu. Et l'on en fait une pâte qui sert à épiler. Mais Caramel c'est aussi l'idée du sucré salé, de l'aigre-doux, du sucre délicieux qui peut brûler et faire mal. »

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    Le choix de l'institut de beauté comme lieu de l'action n'est pas dû au hasard. "C'est un lieu où, même si on est regardé dans ce qu'on a de plus intime, on n'est jamais jugé. La femme qui nous épile nous voit nue, au sens propre comme au figuré, car c'est un moment où l'on ne triche pas. Peu à peu, on lui raconte notre vie, nos peurs, nos projets, nos histoires d'amour etc."

    Nadine Labaki incarne le personnage principal amoureux d’un homme marié, qui va faire connaissance de son épouse au salon et renoncer alors à cette liaison ; il semble que la gentillesse et la douceur de l’épouse révèlent à l’héroïne la médiocrité d’une telle aventure.

     

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    Un personnage délicieux -entre beaucoup d’autres, tous attachants- est celui de Lili, vieille fille un peu dérangée qui ramasse tous les papiers dans la rue. Y compris les nombreux PV de l’héroïne du film, au grand dam de l'agent de police, lui-même amoureux transi de cette héroïne.

    La pauvre Lili les ramasse car elle se persuade que ce sont des lettres d'un hypothétique fiancé.

    Ce rôle est inspiré de l’histoire d’une jeune Libanaise tombée amoureuse d'un officier français à la fin de la guerre. Après son départ il lui écrit tous les jours. Mais les parents de la jeune fille cachent toutes ces lettres. Elle finit s'en rendre compte, perd la raison et, à plus de 80 ans, continue à ramasser tout ce qui ressemble à une lettre.
    Le choix de Aziza Semaan pour incarner Lili est le fruit du hasard : "Aziza Semaan doit avoir dans les 85 ans… je l'ai aperçue dans la rue un Vendredi Saint. Tout de suite je me suis dit que c'était la Lili dont je rêvais. C'est une Chrétienne qui ne parle qu'arabe et qui est à la fois très sage et très rigolote."

    On lui doit la scène de la prière dans son lit avec sa soeur plus jeune - une soeur qui se sacrifie pour elle- où Lili en a assez de dire le chapelet et dit à sa petite soeur "on demandera au père Constantin de dire la prière, il le fera mieux que nous".

    Mais il semble que de nombreux spectateurs Français aient été choqués de voir la place de la religion dans le quotidien des Libanais. La statue de la Sainte Vierge avec laquelle les processionnaires entrent dans le salon de coiffure les aurait dérangés... Ce sont sans doute ces mêmes spectateurs hyper-sensibles qui se régalent de l’horreur de la série US « Bones » où l’on montre des cadavres tournés en dérision ou des évocations vraiment honteuses de « sex and the city » ou encore de l’intense vulgarité d’Arthur, Fogiel et autres !

    À noter que ces processions ne sont pas réservées au Liban, puisque même en Tunisie, pays 100% musulman, on voit dans « un été à la Goulette » les Italiens organiser la procession du 15 Août avec, bien sûr, la statue de la Sainte Vierge. Peut-être que dans les pays Arabes on a le coeur plus pur et l'esprit moins tordu que nous autres, Européens un peu trop tourmentés ? On ne peut avoir inventé la psychanalyse sans en subir les conséquences. Comme ricanait Freud en arrivant aux Etats-Unis "ils ne savent pas que je leur apporte la peste !"

    Il est peut-être temps de laisser aux religions toute leur place et de cesser d’en avoir peur car la peur favorise l’extrémisme. La phrase de Jean-Paul II qui restera dans l’histoire des hommes est certainement le " n’ayez par peur "  des JMJ.

    Dans le même ordre d’idée, construisons enfin des mosquées en France partout où les musulmans souhaitent et ont les moyens d’en construire. Dans un pays où les églises sont si nombreuses et où, sur chaque chemin, on rencontre cent croix et dix oratoires, il ne faut pas avoir peur de construire quelques centaines de mosquées, bien au contraire. Le seul langage d’un maire devrait être le suivant : « vous voulez une mosquée ? C’est parfait. Je faciliterai toutes vos démarches. À une condition, toutefois : qu’elle soit belle. Si votre projet n’est pas beau, vous n’aurez rien. S’il est beau je suis à fond avec vous. Dieu, infiniment bon mérite, non pas l’infiniment beau qui n’est pas à notre portée, mais le plus beau que l’on puisse lui donner. »
    Si j’ai vu tant de merveilles dans ma vie, j’ai aussi vu beaucoup d’horreurs et ma sensibilité s’est un peu émoussée. Mais chaque dimanche, à chaque lecture de l’Evangile, je dois pourtant retenir mes larmes, maîtriser l'émotion qui m'envahit. Cette même émotion que je ressens à Tunis en entendant l'appel à la prière. Parce que lorsque Dieu nous parle nous sommes tous de petits enfants devant la beauté de la Foi.
    Musulmans, Chrétiens ou autres croyants, n’ayons pas peur de la religion des autres. Et cela d’autant moins que nous tenons à la nôtre. N’est-ce pas là une leçon de ce film tendre, émouvant et drôle ?

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  • La page oubliée du 22 mars 2008.

    La semaine dernière, le 8 mars 2008, l'indice était "Angleterre et Australie", car le texte était de Nevil Shute, écrivain Anglais de l'aviation qui émigra et mourut en Australie.

    Dans "le sixième livre", roman d'où la page du 15 mars était extrait, il relate l'histoire de son chef mécanicien Connie, un homme qui avait une foi absolue : "c'était un homme comme tout le monde, un homme magnifique, merveilleux mais un homme... Peut-être mes mes yeux que n'ont-ils pas su voir... Parce que cela signifie que dans les champs et les fermes d'Angleterre, sur les aires d'envol du désert et de la jungle, dans les hangars du golfe Persique et sur les pistes bétonnées des îles du Sud, j'ai eu Dieu pour compagnon." 

     

    Mais il s’agit de trouver maintenant la nouvelle auteure de la page oubliée. Indice : chatte.

     

    Je m'échappe, mais je ne suis pas quitte encore de toi, je le sais. Vagabonde et libre, je souhaiterai parfois l'ombre de tes murs...

    Combien de fois vais-je retourner à toi, cher appui où je me repose et qui me blesse ?

    Combien de temps vais-je appeler ce que tu pouvais me donner, - une longue volupté, suspendue, attisée, renouvelée...la chute ailée, l'évanouissement où les forces renaissent de leur mort même...le bourdonnement musical du sang affolé...l'odeur de santal brûlé et d'herbe foulée.. Ah ! tu seras longtemps une des soifs de ma route ! 

    Je te désirerai tour à tour comme le fruit suspendu, comme l’eau lointaine, et comme la petite maison bienheureuse que je frôle…Je laisse, à chaque lieu de mes désirs errants, mille et mille ombres à ma ressemblance, effeuillées de moi, celle-ci sur la pierre chaude et bleue des combes de mon pays, celle-là au creux moite d’un vallon sans soleil, et cette autre qui suit l’oiseau, la voile, le vent et la vague.

    Tu gardes la plus tenace : une ombre nue, onduleuse, que le plaisir agite comme une herbe dans le ruisseau…

    Mais le temps la dissoudra comme les autres, et tu ne sauras plus rien de moins jusqu’au jour où mes pas s’arrêteront et où s’envolera de moi une dernière petite ombre…qui sait où ?
     

     

  • A Tunis

    À l’entrée de l'exposition un professeur de l’école des beaux-arts écrit les noms des visiteurs en calligraphie Arabe. Il est si habile, si précis que nous nous arrêtons. Bientôt nous lui demandons d’inscrire les prénoms de toute la famille. Très vite d’autres s’arrêtent et une petite foule le regarde, sans un mot, fascinée.

    Ce silence absolu est rare car si les gens sont discrets –seules les Françaises en visite sont bruyantes, jugent, critiquent- ils sont gais, plaisantent et rient facilement, mais le talent demande du silence.
    A l’intérieur des trois halles de cette exposition artisanale -car ici on respecte le Français et l’on n'écrit pas « hall » mais « halle »- les femmes ne sont pas majoritaires, elles sont omniprésentes. Très peu d’hommes dans les stands et dans les allées. Toutes les femmes d’un petit pays si divers semblent réunies. Depuis celles de la campagne en tenue traditionnelle à l’ingénieure qui réalise des chefs d’œuvres « pour se détendre le soir et le week-end ».

    A midi, au self-service, je m’assieds seul à une table pour manger deux rougets . Un papa et sa petite fille s’approchent et le père me demande s’il peut s’asseoir. J’en suis heureux car je n’aime pas être seul et il y a beaucoup de tables libres, les visiteurs et les exposants ne déjeunant que beaucoup plus tard. Ils ont un seul plateau avec une salade et un poulet frites. Je pense qu’ils vont le partager mais ils ne le font pas. C’est la petite fille qui le grignote –il y a beaucoup trop à manger pour elle- et le père la regarde, extasié, comme on le ferait d’un miracle sans cesse renouvelé. Et c’est vrai que pour un père chacune de ses filles est un miracle, un chef d’œuvre et un mystère.
    Ils sont tous les deux minces et graves. J’apprends que la petite a six ans. Les cheveux noirs, les yeux d'un brun profond, elle mange de petits morceaux de poulet avec ses mains et je dis à son père qu’elle est jolie. Il me remercie mais ce n’était pas un compliment, seulement une remarque spontanée provoquée par son charme. Elle a la grâce de l’enfance, les gestes souples de son père, les traits fins de son ethnie, le visage sérieux et gai du peuple Tunisien.

    L’après-midi, je rends visite à un grand industriel, les plus ancien de sa profession en Tunisie. Dans le hall de ce qui est devenu une institution après plus d’un siècle d’efforts, une jeune employée en blouse bleue respire, sans oser l'utiliser, un vaporisateur que j’avais apporté : je lui dis qu’elle peut s'en servir. Elle est ravie et me remercie avec grâce, la grâce des simples à qui la vie offre chaque jour quelques instants de bonheur.

    Le Christ a dit « heureux les simples car ils verront Dieu » et j’avais mal interprété cette phrase pensant qu’Il parlait du paradis à venir. Aujourd’hui le sens caché m’apparaît, c’est : « ils verront Dieu toute leur vie ».

    Ce matin le chant des oiseaux me réveille un peu avant six heures. Je pense au beau texte de M. Ramadan (en intégralité sur ce blog le 11 mars 2008) : « voici le chant des oiseaux. Où donc résonne le chant des hommes ? »
    Dieu, infiniment bon, fait aussi rayonner le visage des Tunisiennes.

  • Vols Marseille Tunis et Tunis Marseille

     

    À l’aller ce sont des femmes Arabes d’âge mûr qui se chargent de l’animation.

    Décolorées en blond, parées en bruyantes messagères d’un Occident qui a le devoir de faire rêver ceux qui vivent encore au pays, elles accaparent le plus clair du temps des employés de l’aéroport.

    Munies d’énormes bagages à main qu’elles savent inacceptables en cabine, elles vont d’abord chercher la cousine ou le cousin qui acceptera d’en prendre une partie : « Nour, tu peux prendre ça, ils ne veulent pas me laisser monter ». Nour considère l’énorme sac en plastique armé traîné par la tante Fatima, embrasse sa parente et s’enfuit sans répondre, terrorisée, vers la porte d’embarquement.

    Elle ne saura jamais comment Fatima  a fait son compte mais le fait est là : à l’arrivée à Carthage l’énorme sac en plastique si joliment coloré en bleu, blanc et rouge suit fidèlement la tante bien-aimée.

     

    Si l’aéroport frais et de marbre revêtu joue le jeu des apparences mondialisées la file d’attente à la police -qui a pourtant ouvert plus de dix postes d’accueil contre au maximum quatre en France- laisse deviner la suite. Vous arrivez dans un lieu où le temps n’a pas la même valeur, s’il en a une. Pour arriver à une résultat similaire les fonctionnaires ont des stratégies différentes selon les pays. Ainsi le fonctionnaire Français fait son travail le plus vite possible pour en être débarrassé et se reposer tandis que le fonctionnaire Tunisien fait le sien le plus lentement possible pour ne pas se fatiguer.

    Suggestions et pistes de progrès : réserver des postes d’entrée aux voyageurs munis de passeports Tunisiens et  apprendre aux policiers à sourire, ne sont-ils pas notre premier contact avec la « Tunisie amie » ?

    Au retour les femmes Arabes d’âge mûr se chargent derechef de l’animation.

    Je suis contre le hublot. À ma droite un jeune marié bronzé par le soleil du printemps d’Hammamet. À sa droite à lui, contre l’allée, une jeune femme toute aussi bronzée. Ils sont heureux de leurs vacances, amoureux et taquins.

    Derrière nous une dame d’une cinquantaine d’années. Si ce n’est Fatima, c’est donc sa sœur. Elle a rempli les casiers qui nous surplombent de bagages variés répandant une délicieuse odeur d’harissa maison. Non, la vraie, pas celle en boîte, celle qu’on fait à la maison avec nos tantes. On n’imagine pas le rôle des tantes dans la société Tunisienne. Ces êtres primesautiers sont toujours porteurs de bonnes nouvelles, un peu frondeurs par l’intermédiaire de leurs cousins et cousines à qui elles communiquent un esprit de rébellion de bon aloi. Ces tantes sont de surcroît généralement bonnes cuisinières et indulgentes. À l’occasion d’un mauvais bulletin, elles expliquent à Farid qu’il ne faut pas en vouloir aux parents qui s’énervent et que tout cela s’arrangera au trimestre suivant. À Nora qui sanglote parce que son amoureux ne veut plus lui parler elles font comprendre qu’à seize ans au mois d’août, dans trois mois à peine, elle aura oublié ce freluquet en dansant dans les mariages des autres cousins et cousines.

    Tout d’un coup la jeune mariée s’adresse à son tendre époux : « idiot, arrête de me pincer l’oreille ». Plongé dans la lecture des Tuniques bleues, il atterrit avant l’heure, s’ébroue –au figuré, car il n’y a pas de place- et répond « mais chérie, je n’ai pas bougé » « très drôle… ». Deux minutes s’écoulent : « arrête tu me fais mal » « mais je n’ai rien fait ! ». Alors les deux amoureux relèvent la tête et un même cri d’horreur et de surprise fait se lever tous les visages de la cabine.

    C’est la superbe langouste ramenée par Fatima II à ses cousins de Grenoble qui étend majestueusement une patte poilue terminée par une pince qui frôle l’oreille droite de la jeune femme.

     

    Le calme revenu et la langouste sagement repliée, nous atterrissons. L’attente est beaucoup plus brève. Mais pas plus ludique. Une dame Noire, qui a dû pour quelque obscure raison transiter par Tunis, n’est apparemment pas la bienvenue aux pays des droits de l’homme blanc. À noter que plus le teint est sombre plus les fonctionnaires de la police de l’air et des frontières s’assombrissent aussi et haussent le ton. Peut-être pensent-ils que les noirs entendent moins bien que les blancs ?

    Suggestion et piste de progrès : apprendre aux policiers à sourire, ne sont-ils pas notre premier contact avec la «  la France , terre d’asile» ?

    Après ce moment désagréable, la détente.

    Délicatement maniés par de scrupuleux bagagistes Marseillais les valises et les sacs s’écrasent sur les tapis. Faux Vuitton et vrais Lancel subissent le même sort que le grand sac bleu blanc rouge de Fatima II qui rebondit sur le tapis et heurte les carreaux de la salle. Alors, comme au ralenti, la fermeture éclair se déchire et douze bouteilles d’huile d’olive de Tunisie explosent. Et, ainsi que les douze apôtres pour la parole de Dieu, elles font jaillir une pluie dorée qui inonde les plus proches passagers sans distinction de passeport.

     

    C’est sous les insultes ou les vivats – selon que l’on n’a été ou non atteint par le précieux liquide- que Fatima II quitte la salle et, après un inoubliable « ça peut arriver à tout le monde, non ? » passe devant les douaniers stupéfaits, suivie d’une traîne dorée où glissent les imprudents qui lui ont emboîté le pas.

    Et elle apparaît dans l’aérogare, toute illuminée d’or, dans le halo de sainteté qui sied aux tantes de bonne volonté.

  • Les taxis de Tunisie.



    Une Française à son mari devant l’aéroport de Tunis en voyant défiler les Clio, Corsa et autres Polo repeintes d’un jaune déjà-vu à New York : « tu crois qu’ils sont aux normes ? »

     

     

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    Taxis à l'aéroport, photo du site www.fredak.com/tunisie/tunisie2003

     

    Sincèrement, Madame, je n'en suis pas sûr, surtout aux vôtres d'ailleurs, et j’en suis ravi. Comme je suis ravi en arrivant ici de retrouver l’omniprésente poussière et de ne pas boucler ma ceinture de sécurité.
    Cela dit de quelles normes parlait cette honorable dame ? Parce que question normes, notre civilisation en produit tellement et en permanence qu’au fond il existe peut-être une norme dans laquelle les taxis Tunisiens pourraient se faufiler comme ils le font dans les embouteillages avenue Bourguiba.

    Je rêve d’une norme stipulant les obligations ci-dessous.

    La nouvelle norme T.T ISO 19999 TN

    1-Présentation :
    couleur jaune appliquée à l’extérieur uniquement, retouches artistiquement faites au pinceau,
    couverture en velours synthétique sur le tableau de bord.

    2-Équipement intérieur :
    décoration générale respectant l'esprit de celle du tableau de bord,
    éclairage constitué par des ampoules de phare aléatoirement branchées sur le circuit électrique avec interdiction absolue de réaliser le même montage d’un véhicule à l’autre,
    nettoyage intérieur interdit,
    radio de récupération mono station ne diffusant que de la musique Arabe, volume bloqué à fond pour profiter au mieux de la distorsion,
    une porte arrière bloquée sur les deux.

    3-Comportement du chauffeur :
    gentillesse, bonne volonté et patience,
    formation à la discussion sur le thème du cousin qui habite Paris. Rue di la Glazire, tu connais pas, Madame ?


    En bref, norme ou pas norme, lorsque l’on s’assied dans le taxi on a vraiment changé de continent et ça fait vraiment beaucoup, beaucoup de bien.
    Oubliés le SriLankais bougon, l’asiatique muet ou le beauf à la Cabu en C6 qui font le bonheur des clients transis des aéroports de Paris (ADP). Encore que depuis quelque temps certains taxis jaunes de Tunisie s’essaient à leur ressembler au point de demander leur route aux passagers eux-mêmes -bien en peine de répondre- ou de ne pas engager leur voiture dans une rue trop boueuse à leur goût. Mais ne soyons pas pessimistes, nos impérissables valeurs d’esprit chagrin et de dédain du client n'ont pas encore franchi la Méditerranée.

    En France en effet les taxis de ville, dûment normalisés, pratiquent rarement la convivialité. Cette qualité n’est justement plus aux normes. On la considère comme une perte de temps.
     


     

  • La page oubliée du 15 mars 2008.


    La semaine dernière, le 8 mars 2008, l'indice était "pilote", car le texte était de Saint Exupéry et extrait de son livre "pilote de guerre"

     

    Il s’agit de trouver l’auteur de la page oubliée. Indice : Angleterre et Australie.

     

    « Quarante-cinq prières par jour, ça peut vous sembler beaucoup dit-il en arabe. C’est ce que pensait Moïse. Pourtant tel était l’ordre de Dieu et Dieu est infiniment bon, infiniment miséricordieux. Il ne vous assignerait pas une tâche que vous ne pouvez pas exécuter. Des hommes qui travaillent comme vous le faites sur des avions peuvent prier Dieu quarante-cinq fois par jour avec la plus grande facilité, je vais vous dire comment.

    Je vérifie une partie du travail que vous faites sur ces moteurs et ces avions, dit-il. Dieu qui voit tout, qui sait tout, Lui vérifie tout. Vous venez me trouver et dites ; " j’ai remplacé cette tuyauterie d’admission et le travail est terminé ». Je viens voir s’il n’y a pas quelque faute, et je constate que tout est bien en place. J’examine les écrous et je vois que les colliers de serrage sont posés correctement, de manière à empêcher le desserrage des écrous, et c’est là tout ce que je peux voir. Je ne peux pas voir si les écrous n’ont été vissés qu’à la main ; je ne peux pas voir si vous avez exercé une pesée sur la clef et forcé tellement le serrage que les boulons sont tout près de flancher à cause de la tension. Tout cela m’est caché, mais rien n’échappe à l’œil de Dieu, qui voit tout…"

    Il fit une nouvelle pause.


    " À chaque travail que vous faites, chaque fois que vous serrez un écrou, chaque fois que vous nettoyez un filtre ou réglez des soupapes, arrêtez-vous un instant et tournez-vous vers La Mecque, joignez les mains et demandez humblement à Dieu l’Omniscient d’insuffler en vos cœurs la connaissance, de vous faire savoir si la besogne accomplie par vous a été bien faite ou mal… si vous agissez ainsi vous ne tarderez pas à constater que vous priez Dieu quarante-cinq fois par jour ou davantage comme il l’a ordonné au prophète en premier lieu.

    Moïse et Mahomet étaient parfaitement justifiés de demander une réduction du nombre de prières, parce que le peuple à cette époque se composait de nomades et de conducteurs de chameaux.

    Mais vous êtes des hommes éduqués dont le métier exige la plus grande compétence technique qui soit au monde, des hommes qui de ce fait sont plus près de Dieu. Dieu se montrera plus difficile vis-à-vis de vous que vis-à-vis des hommes ordinaires car les hommes comptent sur vous pour apprendre comment un beau travail doit être accompli.

    Et je vous le dis, le beau travail ne peut être accompli qu’avec l’aide et le concours de Dieu Omniscient."

  • Le chien de ma cousine (1/2).

    Le chien de ma cousine : première partie. La deuxième partie samedi prochain.
     
     
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    C’est un cavalier King Charles blanc et roux, au poil soyeux qui vous regarde en penchant la tête sur le côté et en remuant doucement une queue qui prend pour l’occasion une position parfaitement horizontale alors qu’elle est plutôt basse d’habitude.
    Animal très paisible qui recherche les coussins mais dédaigne les lits -c’est un peu haut- il a une caractéristique très particulière que je ne peux encore dévoiler, mais…attendez la suite.

    Ce joli animal est un chien ordinaire, c’est-à-dire que ses centres d’intérêt sont strictement limités au nombre de deux. Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il a comme beaucoup de chiens très bon cœur et sa vie c’est son foyer c’est-à-dire ma cousine, son mari, ses trois filles et le chat qu’il aime tendrement. À me relire c’est plutôt ma cousine, son mari, ses trois filles qu’il aime tendrement et le chat.


    C’est donc bien un chien ordinaire dont les deux centres d’intérêt sont - nos lecteurs heureux propriétaires le savent- la nourriture et le bout de son zizi, seule partie de lui-même qu’il entretient toutes les heures à grands coups de langue, négligeant complètement le reste qui est l’affaire des trois filles, une qui lave, une qui démêle, une qui sèche -pas terrible le séchoir- et trois qui coiffent - c’est horrible ce souci de l'esthétique qu'ont les filles ! Je suis très beau avec mes poils sales et emmêlés !
    Cet entretien exclusif et permanent de son zizi est pourtant sans objet ce qui confirme que le temps consacré par les créatures de Dieu à se préparer à des choses improbables est bien plus important que celui qu’elles accordent à celles qui se produisent souvent et régulièrement.


    Oui ce léchage permanent est sans objet car les chiennes, éventuelles sujettes de son désir, sont étroitement surveillées par des maîtresses de 40 à 60 ans, minces -blondes ou devenues telles- barbourisées et hermésisées, connes à mourir et sans sourire.

    Notre quartier recèle un nombre incalculable de ces mégères de bon ton qui ont généralement épousé des officiers de marine, des hauts fonctionnaires ou quelques rares industriels.
    C’est un bien curieux phénomène que l’on n’observe même pas dans le XVI° à Paris, qui est beaucoup plus mélangé.

    Ici -chut !-il n'y a pas d'étrangers... 

    Inutile de vous dire qu’elles surveillent les arrières de leur canichette préférée avec l’attention qu’un guérillero des FARC qui va faire ses courses à l’hyper de Bogota porte à ne pas être suivi en revenant au camp avec sa Playstation. Le chien de ma cousine n'a donc aucune chance d'utiliser un jour cette partie de son anatomie qu'il soigne tant.

    Mais ce chien ordinaire a quelque chose d’extraordinaire. Oh, je vous vois venir : intelligence, affection etc. Pas du tout.
    C’est pourtant ce que l’on pourrait imaginer car tous les maîtres vous le diront, leur chien est exceptionnel.

    Par exemple, moi qui vous parle (le cousin de ma cousine) j’ai eu deux chiens à 18 ans d’intervalle. Le premier, un berger Allemand, était normalement intelligent -sans plus- mais était abominablement télépathe. Il savait nettement ce que je pensais et, chose curieuse, étendait ce pouvoir à ceux qui étaient proches de moi : il lisait dans leurs pensées, sans les regarder alors que l'on aurait cru qu'il dormait. C’est extrêmement troublant mais, je vous l’assure, cela facilite la vie, surtout si l’on n’est pas bavard. Finis les « viens ici, assis, on y va, attends- moi… ». Par contre on est obligé de se surveiller en permanence. Je me souviens du jour où passant à côté d’une boucherie en me demandant où ils jetaient la viande j’ai vu une poubelle qui me parut convenir à cet usage. Un dixième de seconde après la poubelle était renversée et il courait tenant dans sa gueule un intestin qui se déroulait avec grâce derrière lui.

    Le deuxième, un Yorkshire terrier était -peut-être du fait des ses origines Anglaises- un chien déducteur. C’est-à-dire qu’il bâtissait des raisonnements. Lorsque le soir de son arrivée à la maison (il n’avait pas trois mois) il est venu dans le salon avec sa petite tasse d’eau vide entre les dents nous avons été surpris. Autant que le jour où à la campagne après avoir vainement chassé des taupes dans un champ, il s’est assis, a considéré les mottes levées par elles, a suivi des yeux la courbe qu'elles dessinaient et est allé creuser un peu après la dernière pour aboutir à ses fins.

    Mais tout cela nous éloigne du chien de ma cousine et de ce qu’il a de si particulier, extraordinaire même… et surtout, hélas, fort embarrassant !
    Je vous le dirai dans quelques jours car ma note est un peu longue. À bientôt !

     

    La semaine prochaine : un chien très spécial 

  • M. Ramadan et le terrorisme

    Voici ce que nous écrit un lecteur à propos de la note du 11 mars où je vous livrais un très beau texte de M. Ramadan :


    "et le terrorisme lui ? Pourquoi Ramadan ne condamne pas les actes terroristes ? Pire il les justifie toujours?"

    Et il appuie son propos par des explications que vous pouvez lire dans les commentaires.

    Mais l'auteur de cette page sublime est le frère de Tariq Ramadan à qui vous faites ce reproche. Il est aussi à Genève et est professeur de français.

    Par contre je vous remercie de soulever une question immense à laquelle on peut, je crois, répondre simplement.
    Oui, le terrorisme n'est pas acceptable.
    Mais il est d'autant moins lorsqu'il est le fait d'un Etat – comme disait Nietzsche,
    "l'Etat est le plus froid des monstres froids".
    On ne sortira du terrorisme que lorsqu'un homme d'état Israélien ou Palestinien condamnera tout terrorisme ou contre-terrorisme et y
    renoncera UNILATÉRALEMENT. Il faudra qu'un jour un homme ait ce courage exceptionnel. Ce sera peut-être d'ailleurs une femme.

    Le terrorisme d'Etat contre des civils aboutit à ce que j'ai vu à Beyrouth : une petite fille de trois ans qui venait d'ête amputée d'une jambe à la suite de l'explosion d'un obus. C'était un spectacle terrifiant, et je peux comprendre le désir de vengeance de proches assistant à cela.

    Mais en m'approchant d'elle je me suis aperçu que son visage était serein. Depuis j'ai toujours pensé que Jésus, comme un grand frère, lui tenait la main.

  • M. Ramadan

    Voici, en version intégrale un texte de M. Ramadan, publié sur son blog de la tribune de Genève. Il n'y a rien à ajouter devant tant de beauté.

     

    Existe-t-il une plus belle vérité ?


    Je revenais ce matin de la mosquée après avoir accompli la prière du matin. En me rendant au bord du quai, j’ai été frappé par la beauté mélodieuse du chant d’un oiseau haut perché quelque part dans les arbres. Trop souvent, le bruit de l’agitation journalière nous empêche d’être sensibles à la beauté des choses naturelles. Mais à l’aube, avant que le soleil ne se lève, il existe un moment magique où tout se révèle dans la transparence de l’être. Car tout a un sens, quand bien même ce sens nous échappe.


    Pour qui chantait cet oiseau, faisant écho à la récitation recueillie des imams ? A l’heure où beaucoup dorment encore ?
    Le Coran dit : « Nous avons accordé une grâce à David de Notre part. Ô montagnes et oiseaux, répétez avec lui (les louanges de Dieu) ! » (34,10) David récitant les Psaumes merveilleux et les prières sublimes que lui inspirait son Seigneur devait ainsi être accompagné par l’écho des montagnes et le chant des oiseaux !


    Adoration de toute la création, dont nous ne comprenons pas nous autres le langage secret : « Les sept cieux et la terre et ceux qui s’y trouvent célèbrent Sa gloire. Et il n’existe rien qui ne célèbre Sa gloire et Ses louanges. Mais vous ne comprenez pas leur façon de Le glorifier. Certes, c’est Lui qui est Indulgent et Très Pardonnant. » (Coran, 17, 44)
    Ce qui signifie que tous les êtres sont pareillement soumis à Dieu : de la plus infime particule de l’atome aux galaxies les plus éloignées, toute la création obéit à la loi divine, et rend grâce au Créateur.
    Aux êtres humains cependant a été donnée la liberté fondamentale de se soumettre ou de se rebeller : « Ne vois-tu pas que c’est devant Dieu que se prosternent tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux, ainsi que beaucoup d’hommes ? Il y en a aussi beaucoup qui méritent le châtiment. Et quiconque Dieu avilit, personne ne peut l’honorer. Dieu fait en vérité ce qu’Il veut. » (Coran, 22, 18)


    La dignité de l’homme réside dans sa soumission à Dieu. A ceux qui ont choisi la rébellion ou l’indifférence, rejetant la religion naturelle, nous conseillons de laisser les vains discours et les spéculations oiseuses. Qu’ils fassent ce simple exercice : qu’ils sortent une heure avant l’aube et qu’ils prêtent seulement une oreille attentive à ce qui se dit : voici le chant des oiseaux. Où donc résonne le chant des hommes ?

  • La page oubliée du 8 mars 2008.

    La semaine dernière, le 1° mars 2008, l'indice était "docteur", car le poème était de Sainte Thérèse de l'enfant Jésus, docteur de l'église.

     

    Il s’agit de trouver l’auteur de la page oubliée. Indice : pilote.

     

     

    Ma vérité est en morceaux, et je ne puis que les considérer l'un après l'autre. Si je suis vivant, j'attendrai la nuit pour réfléchir. La nuit bien aimée. La nuit, la raison dort, et simplement les choses sont. Celles qui importent véritablement reprennent leur forme, survivent aux destructions des analyses du jour. L'homme renoue ses morceaux et redevient arbre calme.

    Le jour est aux seènes de ménage, mais, la nuit, celui-là qui s'est disputé retrouve l'Amour. Car l'amour est plus grand que ce vent de paroles. Et l'homme s'accoude à sa fenêtre, sous les étoiles, de nouveau responsable des enfants qui dorment, du pain à venir, du sommeil de l'épouse qui repose là, tellement fragile et délicate et passagère. L'amour, on ne le discute pas. Il est. Que vienne la nuit, pour que se montre à moi quelque évidence qui mérite l'amour ! Pour que je pense civilisation, sort de l'homme, goût de l'amitié dans mon pays. Pour que je souhaite servir quelque vérité impérieuse, bien que, peut-être, inexprimable encore ...

    Pour le moment, je suis tout semblable au chrétien que la grâce a abandonné. Je jouerai mon rôle, avec Dutertre, honnêtement, cela est certain, mais comme l'on sauve des rites lorsqu'ils n'ont plus de contenu. Quand le dieu s'en est retiré. J'attendrai la nuit, si je puis vivre encore, pour m'en aller un peu à pied sur la grand-route qui traverse notre village, enveloppé dans ma solitude bien-aimée, afin d'y reconnaître pourquoi je dois mourir.

     

  • A l'église

    La messe du dimanche soir dans mon quartier s’est bien transformée au fil des mois.

    Elle attire de plus en plus de monde. Tout le monde est épuisé le samedi. Le dimanche matin on préfère aussi rester au lit. Alors on va à la messe le dimanche soir.
    Les prêtres changent souvent. Il y a d’abord les prêtres étrangers. Ils sont tous différents mais ont un point commun : ils sont incompréhensibles. Lorsqu’un prêtre sud-américain vous dit « Pierre et les apôstles sé sont enfilés dans lé lag dé Tibériate » vous vous réveillez brutalement si vous aviez eu tendance à somnoler au fil de l'hermétique discours débité avec application depuis douze minutes. Je sais qu’il voulait dire « ont jeté leurs filets dans le lac de Tibériade » mais ce sont des choses qu’on n’oublie pas.
    Ce sont de bons moments. Et d’abord de voir à quel point les paroissiens se retiennent de rire ou écoutent avec application sans manifester quelque impatience que ce soit. Leur charité n'est pas un vain mot.

    Et puis parfois, et de plus en plus souvent, une homélie tellement extraordinaire -par un prêtre que l’on n’avait jamais vu et que l’on ne revoit pas - tellement extraordinaire que l’on en reste marqué pendant longtemps.

    Deux d’entre elles me reviennent à l’esprit.

    Le première fois le prêtre était un professeur. Il nous expliqua pourquoi la bonne nouvelle annoncée par le Christ -vous êtes sauvés- ne pouvait pas être tolérée par les prêtres de son époque. En effet ceux-ci disaient « vous serez sauvés si vous menez une vie exemplaire et conforme aux dix commandements -je simplifie- à cette condition seulement, vous serez sauvés ».
    Sur ce le Christ arrive et dit « je vais vous annoncer une bonne nouvelle : vous êtes sauvés, de toutes façons. Par contre aimez-vous les uns les autres, mais vous êtes vraiment sauvés d'abord et avant tout. Si vous me donnez vos souffrances, je les prends et je vous garde un coin, là-haut. Je prends tout le mal. Moi, le fils du chef, je prends tout le mal pour moi et je vous sauve. 

    Bien sûr qu'il faut respecter les commandements, mais si vous vous aimez les uns les autres, tout ira bien. Même les pas-beaux, les mal-faits, les pauvres et les non-juifs. Le Livre, la Bible, c’est bien mais ce qui compte c’est l’Amour. Et contentez vous de l’Amour, ça sera déjà pas mal. »

    Dans ces conditions son destin était écrit. Il mettait à bas l'édifice de contrainte et de peur édifié par les scribes et les Pharisiens et c'était intolérable. il fallait qu’il meure. Point.

    Et dimanche dernier deuxième miracle. Le père nous parle d’une vieille dame. Malade, immobilisée, elle se dit inutile. Et le père lui explique qu’un tas de gens, grâce à elle, ont une vie différente. Sa fille, divorcée récemment, qui prend du temps pour s’occuper de sa maman et oublie ainsi son chagrin. Son fils, chômeur après avoir fait de mauvaises affaires, qui reste auprès d’elle et y trouve une raison de vivre. L’aide ménagère, l’infirmière. Et le père lui-même. Non cette dame n’est pas inutile.

    Vive la messe du dimanche soir !

  • La page oubliée, samedi 1° mars 2008

    Il s’agit de trouver l’auteur de la page oubliée. Indice : docteur.
     
     

    Quand le Dieu des armées te donnant la victoire
    Tu chassas l’étranger et fis sacrer le roi
    Jeanne, ton nom devint célèbre dans l’histoire
    Nos plus grands conquérants pâlirent devant toi.
     
    Mais ce n’était encore qu’une gloire éphémère
    Il fallait à ton nom l’auréole des saints
    Aussi le Bien-Aimé t’offrit sa coupe amère
    Et tu fus comme lui rejetée des humains.
     
    Au fond d’un noir cachot chargée de lourdes chaînes
    Le cruel étranger t’abreuva de douleurs
    Pas un de tes amis ne prit part à tes peines
    Pas un ne s’avança pour essuyer tes pleurs.
     
    Jeanne, tu m’apparais plus brillante et plus belle
    Qu’au sacre de ton roi, dans ta sombre prison.
    Ce céleste reflet de la gloire éternelle
    Qui donc te l’apporta ? Ce fut la trahison.
     
    Ah ! si le Dieu d’amour en la vallée des larmes
    N’était venu chercher la trahison, la mort
    La souffrance pour nous aurait été sans charmes
    Maintenant nous l’aimons, elle est notre trésor.

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