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  • L'éthique du soldat Français

    L’éthique du soldat Français par le colonel Royal.

     

    Voilà un ouvrage agréable et pratique qui décrit ce que doit être le comportement du soldat Français en opérations.

    Le colonel Royal a fait le choix d’articuler son livre autour de cas concrets, généralement récents. Il est donc attrayant, facile à lire, et facile à « utiliser ». Nous voulons dire par là qu’il peut constituer un support pédagogique concret pour la formation des cadres.

    Royal vise à donner aux lecteurs des lignes directrices voire des conduites à tenir dans les situations de conflit : précisons tout de suite que ces propositions n’ont rien de surprenant et correspondent à l’idée que les Européens se font de la façon dont leurs troupes doivent se conduire. L’éthique du soldat prônée par Royal se situe aux antipodes de celle de Bush et de Rumsfeld, bien heureusement.

    On se rapproche des lois de la guerre qui régissaient les conflits de 1850 à 1941, jusqu’à ce que les attentats terroristes des communistes et affidés contre les soldats Allemands dans les pays occupés par le III° Reich entraînent les représailles et les drames dont on a tant parlé.

     À noter pourtant qu’un des cas concrets nous a mis mal à l’aise.

    C’est le plus ancien –à part un cas anecdotique se déroulant pendant la première guerre mondiale- puisqu’il a plus de 30 ans et se déroule au Tchad. Une unité française a localisé des rebelles qui ne peuvent plus manœuvrer et nos soldats attendent de donner l’assaut. Il ne viendra pas et les hommes de l’unité seront frustrés de cette « parcelle de gloire » car l’officier français s’avance, sans armes, et obtient la reddition. Aucune goutte de sang ne sera versée.

    Très bien. Mais le temps passe et un jour l’officier en question apprend que « ses » rebelles -ralliés à l’armée gouvernementale Tchadienne- ont été, lors d’un ultime retournement de situation, ignominieusement assassinés par leurs anciens compagnons d’armes, restés eux dans la rébellion et qui les considèrent à juste titre comme des traîtres.

    Passons. Mais ce qui est gênant c’est que l’officier Français concerné ne se sentira, d’après le colonel Royal, aucunement responsable de la suite des événements. C’est pourtant lui qui avait obtenu leur reddition et l’éthique bien comprise aurait peut-être dû l’amener à se poser quelques questions sur le risque qu’il faisait prendre à ses adversaires. N’aurait-il pas mieux valu qu’ils meurent sous nos balles les armes à la main ?

    Mais, surtout, presque tous les cas concrets sur lesquels Royal s’appuie avec brio ont trait à des situations « du fort au faible ».

    C’est-à-dire qu’il traite de la façon de se comporter -de l’éthique- du soldat face à un ennemi globalement plus faible, ne  maîtrisant ni la logistique, ni l’air, ni la mer, ni les blindés, ni l’artillerie…

    On conçoit donc que, dans ces conditions, le respect « des lois et des règlements » soit plus facile à observer que dans une situation dite du « faible au fort ».

    Cela dit Royal a raison de nous rappeler ce qu’il convient de faire même dans ce cas de figure, car aujourd’hui les forts se conduisent souvent bien mal vis-à-vis des faibles : Tchétchénie, Gaza, pour ne citer que les exemples les plus récents et les plus connus.

    Toutefois pour répondre aux attentes suscitées chez le lecteur par le titre du livre « l’éthique du soldat Français », il faudrait que Royal aborde ce sujet de l’éthique en toutes circonstances et, notamment dans les situations difficiles où le soldat Français peut à son tour se retrouver dans la situation du faible. Et il est alors plus difficile d’apporter des réponses.

    Et il ne manque pas dans l’histoire de situations de cet ordre, même si cela nous oblige à remonter un peu plus loin. Nous pourrions évoquer les cas de conscience qui auraient pu se poser aux Français lors de la retraite de la RC 4 ou aux Allemands au moment de la retraite qui a suivi la bataille des Ardennes : en retraite, presque en fuite, poursuivis par des forces qui disposent d’une supériorité écrasante que faire de nombreux prisonniers qui ralentissent cette retraite ?

    La réponse* est dans de nombreux manuels d’instruction et dans le règlement de discipline générale, mais il me semble que le colonel Royal aurait dû évoquer ce sujet, à l’aide des cas concrets qu’il sait si bien utiliser.

    Et nous aurions aimé que le colonel Royal reparle de tels cas, pour ne rien laisser dans l’ombre. C’est le seul point faible de cet ouvrage si intelligent, si facilement utilisable.

    Nous aurions aussi apprécié qu’il se réfère à des cas liés aux guerres dites coloniales, puisque c’est lors de celles ci que l’armée Française s’est retrouvée le plus souvent en accusation : mais ce n’était pas son but et ce livre ne s’adresse pas à des passionnés d’histoire mais aux cadres du XXI° siècle.

    À lire et à utiliser en formation. Et peut-être à traduire et à enrichir avec des cas venant d’autres pays Européens ou Africains, faciles à obtenir pour le colonel Royal. Une telle révision de ce livre lui donnerait presque une valeur universelle.

     

     

    * Extrait de l’aide-mémoire du chef de section d’infanterie : tout combattant capturé devient prisonnier de guerre…le relâcher s’il ne peut être gardé, lui retirer armes, munitions, équipement de combat, documents d’intérêt militaire…

     

     

     

     

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