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MORT DE REMI : LE ROLE DU GOUVERNEMENT

Madame DUFLOT dans le Monde du 31 octobre 2014,extraits :

 

« Ce qui s'est passé à Sivens est le résultat d'une situation politique. C'est aussi un échec du dialogue réclamé sur place par les opposants depuis des mois. En septembre, le premier ministre s'est rendu dans le Tarn pour dire « nous avons tenu bon à Sivens », avec le ton martial et cette capacité à sur jouer l'autorité qui le caractérisent. Je pense que cette déclaration de Manuel Valls, alors que le rapport des experts était en cours, a dégradé la situation. »

Et il nous semble que cette situation, nous dirions plutôt cette attitude politique, a permis de laisser s’installer, depuis des mois, les composants du drame.

 

1-Des groupes radicaux, « professionnels » du combat antiétatique que nous appellerons les « émeutiers. »

 

2-Des écologistes, opposants très déterminés mais ouverts au dialogue et non violents. Nous les appellerons les « idéologues. »

 

3-Des forces de l’ordre.

 

Donc trois groupes bien différents dont les interactions durables vont être fatales à Rémi. 

On retrouve ces 3 types de groupe dans toute manifestation. Les idéologues sont le groupe numériquement le plus important mais le plus fragile. Ce rôle était tenu par les écologistes à Sivens ou par les familles dans la « Manif pour tous. » Il faut comprendre que, pour les forces de l’ordre, l’adversaire objectif se présente sous ces deux formes opposées. C’est une des principales difficultés que rencontrent ces unités parfaitement entraînées puisque l’attitude à adopter, les moyens surtout, vont être différents en un même lieu et en un même temps pour s’adapter aux actions des deux groupes.

 

Nous avons tous en mémoire, à l’occasion des manifestations contre Israël à Gaza, l’image de cette jeune femme voilée et drapée d’un drapeau bleu, blanc, rouge qui l’empêchait d’ailleurs de faire le moindre mouvement et, bien sûr, de courir. Elle symbolise les idéologues, comme les fameuses poussettes de la MPT.

 Très généralement, ce mélange des trois composants est fort limité dans le temps, quelques heures tout au plus. Chacun joue donc son rôle, les émeutiers s’abritant autant que possible au sein des idéologues tout en effectuant des sorties et des raids brutaux et brefs. Aux forces de l’ordre de faire la distinction, ce qui n’est pas facile mais est globalement réalisé. 

 

Nous sommes persuadés qu’à Sivens il n’y a eu aucune volonté des gendarmes de s’attaquer aux idéologues en général, ni à Rémi Fraisse en particulier. Mais à Sivens, les trois réactifs sont restés en présence pendant une trop longue durée. Et cela parce que le gouvernement aurait dû interdire depuis longtemps  le stationnement permanent des idéologues sur le site mais ne l’a pas fait : faiblesse ou calcul ? Sans doute faiblesse de certains, mais peut-être calcul des autres.

 

sivens3.jpg

France 3 région

 

Les composants en présence ont donc été soumis à un échauffement de plus en plus fort et l’explosion a fini par se produire. Cet échauffement favorisé par la durée l’a été aussi par l’attitude du gouvernement qui aurait pu ralentir le processus – par exemple en invitant au dialogue.

Mais au contraire il a affiché sottement – ou criminellement ? – la satisfaction d’avoir vaincu les opposants. Dire, le menton en avant et dressé sur ses ergots « nous avons tenu bon à Sivens » avec, comme décrit par Madame Duflot «  le ton martial et cette capacité à sur jouer l'autorité »  a fait monter la température au point où les mélange des trois composants a provoqué l’explosion.

 

Ajoutons la nuit, et donc la fatigue – deux heures du matin ! – et, comme l’ont confié la sœur de Rémi et ses amis à Reporterre.net, c’est ainsi qu’un jeune homme est mort :

 

« Nous connaissions Rémi depuis le collège. C’était vraiment quelqu’un de gentil et de doux. Il était très tolérant, sincère, honnête, mais un peu grande gueule. C’est clair qu’il n’hésitait pas à dire ce qu’il pensait, et il n’était pas du genre à se laisser embarquer sans raison par n’importe qui. Un type bienveillant, très apaisant. Il était extrêmement sociable et parvenait sans peine à se faire de nombreux amis où qu’il allait.

Rémi n’avait aucune implication dans des mouvements politiques organisés, sinon ses activités de botaniste dans l’association France Nature Environnement. Il participait à la protection de la nature dans la région toulousaine. Après un BTS en gestion et protection de l’environnement, il travaillait durement comme intérimaire et avait plein de projets : un voyage en Amérique du Sud, la reprise d’une école mais surtout l’achat d’un terrain. Il souhaitait monter une exploitation de plantes médicinales, se renseignait auprès de professionnels. Il avait trouvé sa voie...

Rémi était quelqu’un de foncièrement pacifiste. L’après-midi avant sa mort, il avait une nouvelle fois défendu cette attitude non violente dans une discussion avec des occupants de la zone...

Vers deux heures moins le quart, dans la nuit, des amis sont allés plus loin voir ce qui se passait. À leurs dires, ça avait l’air impressionnant, on entendait encore les explosions fortes. Rémi a voulu y aller. Le temps de faire le trajet, nous sommes arrivés sur les lieux des affrontements. Les flics tiraient en rafale. Le spectacle était très violent, l’ambiance très particulière, nous n’avions jamais vécu ça. Face à une telle scène d’incompréhension et d’injustice, Rémi ne pouvait que réagir d’une manière ou d’une autre. Il avait un peu bu dans la soirée, mais n’était pas ivre, il avait juste une bouteille de vin et des gâteaux apéritifs dans son sac à dos.

Je l’ai vu partir d’un coup en criant « Allez, faut y aller ! » Il a commencé à courir devant. Il n’avait rien pour se protéger, il n’a pas mesuré ce qui l’attendait. Les flics ont tiré en rafale, je me suis écarté pour me mettre à l’abri. Quand je me suis retournée, Rémi n’était plus là. »

Et nous pensons à celui qui aurait lancé la grande OF. Nous ne connaissons rien de lui sinon qu’il fait partie d’une arme d’élite, qu’il s’est certainement  entraîné pendant des années pour, précisément, ne pas en arriver là et qu’il subit aujourd’hui une réprobation imméritée car il y a beaucoup d’autres responsables avant lui et, avant tous, ce gouvernement de rencontre.

 

Louis ROISSARD

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