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Je ne vous dis pas d'être heureux...

JE NE VOUS DIS PAS D'ÊTRE HEUREUX

Maureen O'DELAIGH

 

1- Avant propos

 

« Or comme l’angoisse est posée dans la pudeur, elle est présente dans tout plaisir érotique, non pas que celui-ci soit du péché, nullement... Mais quand l’érotisme est pur, innocent et beau, cette angoisse est avenante et douce, et voila pourquoi les poètes n’ont pas tort de chanter la tendre inquiétude. »

 

Kierkegaard

Note de l’auteure

A « celle qui écrit » on peut tout confier, comme à un médecin. A charge pour elle de présenter les choses comme il faut qu’elles le soient : voici le récit de l’heptade amoureuse qui a fondé l’union de nos trois familles.

Vous appeliez Elle cette tante merveilleuse que je n’ai jamais connue et qui vous avait surnommés L et XL. C’est à toi, L, que j’ai donné la parole lorsque j’ai su que tu avais été son dernier confident. Au fond, c’est toi qui as écrit ce livre. En tout cas, tu tenais ma main après avoir caressé la sienne.

Sans jamais me regarder, le visage dans le noir, tu m’as raconté votre aventure : vos corps enlacés, votre salive sur ses lèvres et son sexe. Votre semence en elle ou répandue ur son corps.Et ces orgasmes offerts à sa beauté comme autant de fleurs.Et vos rires après la fièvre lorsqu’entre vos draps tachés naissait une amitié insolite et pure.

Corps et cœurs, chœur et acteurs, vous avez observé tous les rites de la tragédie grecque, de la poussière jusqu’au sang.

 

 

Avant-propos

L’amour était notre beau souci. Nous  débattions aussi de philosophie et de politique, croyant ainsi pouvoir choisir notre destin. La guerre mondiale datait d’hier et sans l’avoir vécue nous la connaissions par cœur. Entrant  dans un monde où tout devenait possible, nous ne voulions pas vivre au fil du hasard en nous contentant de suivre les traces sanglantes de nos aînés. A seize ans nous lisionsMarx, Sartre et Russell : la dialectique fondait nos dialogues. Puis les feux allumés en mai 68 ont couvé sous la cendre.

C’est alors tu fis irruption dans nos vies : soulagés par ta bouche ou flattés par tes mains, nous avons connu la fulgurante école de l’amour. Nos trois corps enlacés. Tant de sueur, de salive...Et tes tendres plaintes en écho à nos gémissements de plaisir, visages noyés dans tes cheveux de satin et de feu.

Plus de quarante ans s’étaient écoulés lorsque nous décidâmes de confier notre histoire à Maureen. Il était temps de révéler les divines journées qui nous firent rencontrer cette tante merveilleusequ’elle ne connaîtrait jamais et dont les derniers mots avaient été « n’oubliez pas ! »

 Elle, rassure-toi, nous n’avons rien oublié. La précieuse pierre de ton savoir est intacte. Nous l’avons conservée précieusement sans en faire usage, sans la toucher. Même si dans la banalité des rencontres, dans la répétition des nuits et dans l’ennui soutenu des corps nous avons souvent pensé à ce bijou délicat : le souvenir de tes paroles et de tes gestes a été notre dernier recours contre la monotonie.

C’est ainsi que nous t’avons obéi à la lettre - nous n’avions rien perdu de ce que tu nous avais appris, mais nous savions que le jour de notre mort serait celui d’une promesse non tenue : nous deviendrions aussitôt ces intendants coupables  d’avoir perdu le bien à eux confié. Bien sûr nous nous sommes revus plusieurs fois après ce drame, mais sans jamais évoquer ton message. Ayant reçu de toi nos cinq talents, nous nous étions contentés de creuser la terre et de les enfouir. Il était temps de les exhumer car à notre âge il convient de devenir prudents : qui porterait ta magie après notre départ ?

Autrefois nous avions sans doute pensé que ton enseignement n’était peut-être pas d’une telle importance qu’il doive rester dans la mémoire des hommes ; tout en sachant que dans ce monde désormais normé il valait son poids de bonheur, denrée trop rare pour que chaque once n’en soit pas préservée. Nous ne t’avions rien promis mais ton souhait nous avait engagés pour la vie. Et nous avions compris, après le tragique dénouement, que tu nous avais légué un message qu’il nous appartenait de garder. Nous ne savions qu’enfaire à l’époque mais maintenant était venu le temps de tenir ce tacite serment. Nous étions convenus de nous retrouver pendant les huit jours que j’étais à Paris à fin de satisfaire ta demande, sachant que c’en était là l’ultime occasion. Nous irions tous les soirs dans l’appartement de la rue Jacob où XL a pris sa retraite ; là où son grand-père avait créé la première maison d’édition FrancoPolonaise. Avec Maureen nous rassemblerions enfin, sans pudeur et sans crainte, les souvenirs de notre semaine amoureuse, lui laissant ensuite le soin d’en écrire le livre de nos souvenirs.

 Nous avons beaucoup rêvé en nous souvenant de tes gestes et de ton élégance, blasons d’une noblesse roturière ne devant rien à l’affectation mais tout à l’apprentissage plusieurs fois centenaire de la grâce, de l’allure et de la vénusté. Et en nous rappelant tes expressions, tes attitudes, tout ce que tu nous avais fait découvrir. Ton insolence et ta détresse, ton impudeur et ta pureté, ta grossièreté et ta distinction. Tu étais bien présente entre nous après tout ce temps et ta peau finement veinée glissait toujours sous nos doigts. Nous entendions de nouveau tes fabuleuses histoires, les noms affectueux et moqueurs que tu nous attribuais et les éclats de rire qui nous unissaient tous les trois.

Tu nous faisais encore rire, jusqu’aux larmes.

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