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Cinéma

  • MAPS TO THE STARS

    La route des étoiles ?


    Au delà de l'émotion ressentie au long de ce film, au delà du rire qui nous vient souvent mais s’arrête net devant une scène très dure, il reste à la fin de la séance une impression étonnante : alors que tout est fiction – et une fiction à gros traits, pleine d’exagération et de fureur – on ne peut s’empêcher de penser que tout est vrai. Rien n’est inventé, c’est juste la réalité remise en forme, avec un peu d’humour grinçant pour en faire passer toute l’horreur.

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    On trouvera bien attachants le frère et la sœur. Monstrueux bien sûr, mais tellement purs à côté de leurs parents. Et l’on se réjouit de cette fin qui leur évitera de tomber aussi bas que leurs incestueux géniteurs.

    Et du fait qu'ils aient pu faire le ménage avant de s'en aller.


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  • "Caramel " de la Libanaise Nadine Labaki.

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    Comment ne pas être séduit par « Caramel » premier long-métrage de la Libanaise Nadine Labaki ?

    Comme l’expliquent « secrets de tournage » du site Allocine.fr, Nadine Labaki a choisi le titre Caramel pour deux raisons : « C'est la pâte épilatoire faite à la manière orientale : un mélange de sucre, de citron et d'eau que l'on fait bouillir jusqu'à ce qu'il devienne du caramel. On étale ce mélange sur du marbre pour qu'il refroidisse un peu. Et l'on en fait une pâte qui sert à épiler. Mais Caramel c'est aussi l'idée du sucré salé, de l'aigre-doux, du sucre délicieux qui peut brûler et faire mal. »

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    Le choix de l'institut de beauté comme lieu de l'action n'est pas dû au hasard. "C'est un lieu où, même si on est regardé dans ce qu'on a de plus intime, on n'est jamais jugé. La femme qui nous épile nous voit nue, au sens propre comme au figuré, car c'est un moment où l'on ne triche pas. Peu à peu, on lui raconte notre vie, nos peurs, nos projets, nos histoires d'amour etc."

    Nadine Labaki incarne le personnage principal amoureux d’un homme marié, qui va faire connaissance de son épouse au salon et renoncer alors à cette liaison ; il semble que la gentillesse et la douceur de l’épouse révèlent à l’héroïne la médiocrité d’une telle aventure.

     

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    Un personnage délicieux -entre beaucoup d’autres, tous attachants- est celui de Lili, vieille fille un peu dérangée qui ramasse tous les papiers dans la rue. Y compris les nombreux PV de l’héroïne du film, au grand dam de l'agent de police, lui-même amoureux transi de cette héroïne.

    La pauvre Lili les ramasse car elle se persuade que ce sont des lettres d'un hypothétique fiancé.

    Ce rôle est inspiré de l’histoire d’une jeune Libanaise tombée amoureuse d'un officier français à la fin de la guerre. Après son départ il lui écrit tous les jours. Mais les parents de la jeune fille cachent toutes ces lettres. Elle finit s'en rendre compte, perd la raison et, à plus de 80 ans, continue à ramasser tout ce qui ressemble à une lettre.
    Le choix de Aziza Semaan pour incarner Lili est le fruit du hasard : "Aziza Semaan doit avoir dans les 85 ans… je l'ai aperçue dans la rue un Vendredi Saint. Tout de suite je me suis dit que c'était la Lili dont je rêvais. C'est une Chrétienne qui ne parle qu'arabe et qui est à la fois très sage et très rigolote."

    On lui doit la scène de la prière dans son lit avec sa soeur plus jeune - une soeur qui se sacrifie pour elle- où Lili en a assez de dire le chapelet et dit à sa petite soeur "on demandera au père Constantin de dire la prière, il le fera mieux que nous".

    Mais il semble que de nombreux spectateurs Français aient été choqués de voir la place de la religion dans le quotidien des Libanais. La statue de la Sainte Vierge avec laquelle les processionnaires entrent dans le salon de coiffure les aurait dérangés... Ce sont sans doute ces mêmes spectateurs hyper-sensibles qui se régalent de l’horreur de la série US « Bones » où l’on montre des cadavres tournés en dérision ou des évocations vraiment honteuses de « sex and the city » ou encore de l’intense vulgarité d’Arthur, Fogiel et autres !

    À noter que ces processions ne sont pas réservées au Liban, puisque même en Tunisie, pays 100% musulman, on voit dans « un été à la Goulette » les Italiens organiser la procession du 15 Août avec, bien sûr, la statue de la Sainte Vierge. Peut-être que dans les pays Arabes on a le coeur plus pur et l'esprit moins tordu que nous autres, Européens un peu trop tourmentés ? On ne peut avoir inventé la psychanalyse sans en subir les conséquences. Comme ricanait Freud en arrivant aux Etats-Unis "ils ne savent pas que je leur apporte la peste !"

    Il est peut-être temps de laisser aux religions toute leur place et de cesser d’en avoir peur car la peur favorise l’extrémisme. La phrase de Jean-Paul II qui restera dans l’histoire des hommes est certainement le " n’ayez par peur "  des JMJ.

    Dans le même ordre d’idée, construisons enfin des mosquées en France partout où les musulmans souhaitent et ont les moyens d’en construire. Dans un pays où les églises sont si nombreuses et où, sur chaque chemin, on rencontre cent croix et dix oratoires, il ne faut pas avoir peur de construire quelques centaines de mosquées, bien au contraire. Le seul langage d’un maire devrait être le suivant : « vous voulez une mosquée ? C’est parfait. Je faciliterai toutes vos démarches. À une condition, toutefois : qu’elle soit belle. Si votre projet n’est pas beau, vous n’aurez rien. S’il est beau je suis à fond avec vous. Dieu, infiniment bon mérite, non pas l’infiniment beau qui n’est pas à notre portée, mais le plus beau que l’on puisse lui donner. »
    Si j’ai vu tant de merveilles dans ma vie, j’ai aussi vu beaucoup d’horreurs et ma sensibilité s’est un peu émoussée. Mais chaque dimanche, à chaque lecture de l’Evangile, je dois pourtant retenir mes larmes, maîtriser l'émotion qui m'envahit. Cette même émotion que je ressens à Tunis en entendant l'appel à la prière. Parce que lorsque Dieu nous parle nous sommes tous de petits enfants devant la beauté de la Foi.
    Musulmans, Chrétiens ou autres croyants, n’ayons pas peur de la religion des autres. Et cela d’autant moins que nous tenons à la nôtre. N’est-ce pas là une leçon de ce film tendre, émouvant et drôle ?

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  • SIMON MANN

    Bloody Sunday.

    L'acteur, le joueur, le dictateur et une femme pour sauveur.




     


    Il est un peu tard ou un peu tôt pour parler d’une production de 2002 qui n’a pas rencontré un grand succès populaire.
    « Le dimanche 30 janvier 1972, à Derry en Irlande du Nord, Ivan Cooper est l'organisateur d'une marche pacifique pour l'égalité des droits entre catholiques et protestants, mais la manifestation se transforme en émeute : treize morts. Une journée qui restera à jamais gravée dans les mémoires sous le nom de "Bloody Sunday".
    Paul Greengrass dissèque les enjeux, les tensions, les incompréhensions et les erreurs des deux parties. Il montre à quel point ce triste épisode du conflit irlandais a été une défaite de l'idéalisme qui habitait tous les hommes, femmes, enfants. Il se contente de filmer, de raconter ces événements qui en une seule journée ont fait basculer un conflit séculaire en guerre civile.
    Le tournage a eu donc la particularité et l'extrême audace de mêler des soldats de l'armée britannique, des anciennes victimes patriotes de tous bords, des Républicains et des Nationalistes, sans oublier les forces spéciales irlandaises, chargées de la sécurité du plateau. Ainsi, on retrouve parmi les figurants, comme dans les seconds rôles (par exemple les militaires ou les infirmières), des personnes ayant réellement vécu les évènements, s'investissant pleinement, allant même jusqu'à improviser en fonction de leurs souvenirs. »
     
     
    Or un des acteurs, celui qui joue le rôle du colonel Wilford commandant des parachutistes britanniques, s’appelle Simon Mann. Ce nom  ne vous dit rien, mais Simon Mann est un ancien officier qui a tenu là le seul rôle de cinéma de sa vie.
    Elève d'Eton puis de Sandhurst il vient d'une famille célèbre dans un pays où le sport tient lieu de titre de noblesse car son père et son grand-père dirigeaient l'équipe Britannique de cricket. En remontant au delà on trouve cinq générations d'officiers.
     
    Simon fonda une société de sécurité après avoir quitté l'armée. Alors qu'il allait mettre en place la protection de puits de pétrole en Angola il fut arrêté lors d'une escale au Zimbabwe (ex-Rhodésie) puis emprisonné et condamné sous de faux prétextes.
    Il est aujourd'hui illégalement emprisonné dans la plus terrible prison du monde. Surnommée le Dachau de l’Afrique la prison de « black beach » ne voit guère sortir vivants les  détenus qu'elle accueille pourtant en grand nombre.
    Après avoir purgé au Zimbabwe une peine de quatre ans de prison (réduite à trois ans pour bonne conduite) sous la fausse accusation d’avoir voulu fomenter un coup d’état précisément dans la voisine Guinée équatoriale, Simon a été relâché mais aussitôt kidnappé à l’endroit même de sa libération, l’aéroport de la capitale Zimbabwe Harare, par le dictateur de la Guinée voisine.
     
    Voilà qui éclaire d’un autre jour le tournage de ce bloody Sunday.
    Il y a six ans Simon était bien en chair et en le revoyant maintenant on imagine les souffrances qu’il a endurées même si l’ancien élève d’Eton a la fierté de sourire encore. " Never explain, never complain - n’explique jamais et ne te plains jamais " impérissable devise des collèges de l’aristocratie Britannique.
    Dans le film j’avais trouvé Simon Mann peu convaincant en colonel un peu débordé par ses troupes. On sentait qu’il affichait une volonté exagérée et presque enfantine d’en découdre avec les Irlandais et que cette attitude, interprétée à maxima par les échelons inférieurs ne pouvait qu’entrainer une catastrophe. Un joueur.
     
    Nous devons dire que tous les officiers Anglais étaient dépeints soit comme des vaniteux dangereux (le général dépêché par le gouvernement et qui ouvre le parapluie dès que les choses tournent mal), soit comme le colonel de paras dont nous venons de parler et qui est un peu irresponsable, soit enfin comme le commandant du PC, conscient des risques et consciencieux mais manquant d’énergie, qui comprend et approuve le chef de la police -« tout le travail de ces années est réduit à néant » dit ce dernier- mais veut se voiler la face. « Les paras ont reçu la consigne d’être modérés » dit-il.
    « Paras, moderate ? des paras, modérés ? » répond, incrédule et presque désespéré le policier qui sait bien que cette phrase n’a aucun sens.
    Comme le disait M. Messmer, ministre des armées en mai 1968, alors que d’autres membres du gouvernement le consultaient sur l’opportunité de faire intervenir l’armée contre les manifestants «  mes hommes ont appris à s’attaquer à l’ennemi pour le détruire. Ils ne savent pas faire du maintien de l’ordre. Pour un policier tuer peut être la fin de sa carrière et en tout cas un échec. Pour un militaire c’est au contraire à cela que tend tout son entrainement. ».
     
    Nous revoyons aujourd’hui ce film qui nous avait tant plu parce qu’il était vrai. Parce que le gouvernement Anglais avait placé des soldats dans une manifestation où ils n’auraient pas du se trouver. Et que la conséquence en a été une quinzaine d’années de haine. Les officiers Anglais que nous avions rencontré peu avant ce bloody Sunday, en 1971, étaient venus en Irlande pour s’interposer entre nationalistes Irlandais et Orangistes -catholiques et protestants pour faire simple- et ils prétendaient à l'impartialité.
    Si les nationalistes les énervaient, les orangistes les inquiétaient car ils savaient que leur intransigeance était souvent la cause des heurts fréquents entre les deux factions. Le pasteur Paisley, chef de file de ces extrémistes, terriblement violent en paroles, avait donné son nom au petit chien noir et blanc, caractériel et aboyeur, recueilli par un de nos amis, lieutenant du 29° artillery commando light. Lorsque dans les pubs - où nous étions souvent- on entendait « Paisley, come here » et que Paisley, aussi teigneux que son homonyme s’asseyait et ne bougeait pas, l’énervement des civils protestants face à ce sacrilège se transformait en sourire devant la résistance de l’Orangiste blanc qui portait une oreille et un oeil noirs.
     
    Ces souvenirs sont bien lointains et le bloody Sunday a balayé tout cela. Aujourd’hui je me rappelle seulement qu’il y a trois ans Teodoro Obiang Nguema, président de la Guinée équatoriale, a  dit qu’il arracherait lui-même la peau de Simon Mann. Cela peut sembler ridicule et exagéré et bien dans la manière de ces dictateurs d’opérette, qui paraissent presque amusants, si loin, à travers nos écrans.
     
    Pas pour l’épouse de Simon, Amanda Mann : « I shake with fear of the day when I’ll have to tell my chidren that Simon won’t be coming home - je tremble de peur en pensant au jour où j’aurais à dire à mes enfants que Simon ne reviendra pas à la maison ».
     


     


    Car certains maîtres de l'Afrique ne sont pas des dictateurs d’opérette mais des marionnettes baroques et cruelles : voyez leurs mains tachées de sang, voyez la chair qui se colle à leurs pas. Ecoutez surtout ces hurlements de damnés. Ce sont leurs victimes qui demandent grâce.
     
    Mais, si Amanda ne réussit pas à le sauver, alors, « never complain », Simon Mann saura mourir sans se plaindre.
     
     
     
     

     
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    Pour Simon Mann son épouse Amanda, fille d'un homme d'affaires londonien a toujours été " my jewish princess – ma princesse juive ".


     
     

  • Reviens moi

    REVIENS MOI.
     
     


     


     
    Une même lignée.
     
    On a vu et revu orgueils et préjugés. Sous des livrées différentes, série télévisée ou film, ces productions ont conquis un public attiré par un luxe de bon aloi et des sentiments aux teintes pastel. Et des bruns, des gris et des verts anglais atténués comme les sentiments nuancés que l'on attribue aux âmes bien nées.
     
    Dans la même lignée, et c'est bien l'expression qui convient dans ce monde aristocratique, Reviens-moi est l'adaptation du roman atonement (expiation).
    Ce film nous montre Brionny, petite adolescente, qui assiste à la naissance d’un grand amour entre sa sœur aînée Cécilia et le jardinier du domaine, Robbie.
     Mais Brionny va commettre l'irréparable. Profitant d'un scandale familial sans lien aucun avec les amoureux elle va accuser
    injustement Robbie qui sera jeté en prison. Elle le fait comme nous aurions tous pu le
    faire à cet âge parce que la force de l’amour nous fait peur et parce que nous ne voulons pas quitter notre enfance, souhaitant plutôt y faire revenir les adultes.
    Elle veut garder son royaume et ses sujets : son ami le jardinier, sa mère indifférente et qui la laisse faire ce qu'elle veut, sa sœur jeune.
    Nous sommes en 1935 et le jardinier ne sera libéré qu'en 1939 à condition de s'engager dans le corps expéditionnaire Britannique en France.  
    Il ne reverra Cécilia que pendant quelques minutes, juste avant son départ.
     
     Quelques conventions.
     
    Avant de dire tout le bien que l'on pense de ce film, il faut remarquer qu'il satisfait comme l'ensemble de la production d'origine américaine à un certain nombre de conventions de prêt à penser qui sont autant de ridicules, légers mais un peu énervants.
    Parlons en tout de suite pour nous en débarrasser comme on ferait de la poussière sur un vieil ouvrage relié de cuir, avant d'en savourer la lecture.
    Tout d'abord le jardinier n'est pas un jardinier ordinaire, mais un étudiant en
    médecine. Il semble que ce serait déchoir d'être amoureuse d'un vrai jardinier.
    Reste du puritanisme qui lie la position sociale à la valeur morale ?
    Ensuite lorsque Robbie erre dans la campagne française, jeune sergent menant deux caporaux, l'un des deux gradés est un noir. Cela n'est pas gênant en soi, bien au contraire, mais c'est contraire à la vérité historique. Comme le disait mon professeur de physique ; sur un tout autre sujet lié si je m'en souviens bien aux chances de recevoir une météorite dans sa classe, ce qui nous aurait d'ailleurs bien arrangés : "c'est possible, mais c'est très, très peu probable". Effectivement je pense que la probabilité de trouver un caporal noir dans les fantassins du Royal Sussex  de 1940 était assez ténue.
    Enfin, et surtout, l'inévitable tableau d'une douzaine de petites filles d'un collège assassinées d'une balle dans la tête et qui évoque sans le dire la barbarie nazie, est tout à fait hors de propos car je ne sache pas -et aucun historien ne dira le contraire- que les troupes Allemandes victorieuses  aient commis ce genre d'acte en juin 1940 dans notre pays. On aimerait d'ailleurs pouvoir en dire autant des Américains en Irak.
     
    Les amants vont se retrouver.
     
    Mais ce film est un ravissement qui, malgré ces fautes de goût déjà oubliées, fait au contraire appel à nos plus nobles sentiments.
     
    À l’allure modérée de la campagne Anglaise nous vivons comme les deux amants l’émoi, l’énervement, le rejet, l’attirance, le désir, la tendresse et la douleur avec une telle intensité que l’on oublie notre rôle de spectateur et que nos larmes se mêlent à celles, bien pudiques, des deux jeunes gens.
    Depuis l’incroyable trahison de Brionny jusqu’au départ pour la France nous espérons qu’un miracle les, ou plutôt nous sauvera.
     
    Puis dans le feu et les orages d’acier de la débâcle, nous croyons follement que la blessure de Robbie - merci sublime acteur Ecossais, intense et réservé James McAvoy - n’est que bénigne. Et que, lorsqu’un des deux caporaux prend soin de lui comme une mère de son enfant - il le couvre d’une dérisoire toile de tente et lui donne à boire- et il lui dit « bonne nuit, camarade », nous nous prenons à prier pour que ce geste infiniment doux entre deux hommes de guerre attendrisse le Seigneur et évite à Robbie une fin misérable dans le béton de Dunkerque.
     
    Mais oui ! L’amour de Cécilia restée en Angleterre, la tendresse du soldat envers son chef, vont tout arranger. Les amants vont se retrouver. Et le terrible geste de la sœur n’aura presque aucune conséquence.
     
    Elle nous livre les clés.
     
    Ce n’est pas la crainte qui commande ici nos sentiments. C’est le besoin juste et somme toute raisonnable de remettre en ordre les choses d’ici bas, un instant perturbées par une enfant irresponsable - mais peut-on lui en vouloir- de les remettre dans cet ordre dont elles n’auraient jamais du sortir.
     
    Celui des belles prairies, du jardin Anglais si sage malgré sa folie apparente, de la salle à manger aux boiseries patinées par les siècles et des chambres mal chauffées, mais d’un luxe d'une discrétion inouïe, où des générations de futurs lords et ladies ont rêvé à d’impossibles amours.
     
    Vous devinez bien sûr que la fin va être différente, mais il serait déshonnête d’en parler.
    Et vous ne serez pas surpris d’apprendre que c’est Vanessa Redgrave qui incarne une Brionny âgée devenue romancière à succès. Brionny qui, en direct sur un plateau de télévision, nous livre les clés de ce que nous venons de voir.
    Non, pas exactement : elle nous livre les clés de ce que nous venons de vivre.
     
    Allez voir Reviens-moi. Vous en sortirez grandis, même après avoir pleuré comme des enfants.
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

     
     
     

     

  • La fiancée Syrienne

    LA FIANCÉE SYRIENNE.

     



    L'autre soir sur Arte la fiancée syrienne nous a donné l'impression de nous montrer des personnages, des lieux et des situations déjà connus.
    Vérification faite seule l'actrice principale avait déjà joué dans un film diffusé en France, satin rouge.
    Mais comme la fiancée est un drame son visage paraît plus marqué, plus ardent même si son corps laisse deviner la même douceur que lorsqu'elle incarnait la maman d'une adolescente sentant sa fille s'éloigner d'elle : douleur prévisible alors, acceptable, douleur de toutes les mères un jour ou l'autre.
    Ici la douleur est différente. C'est d'abord celle d'une femme dont la sœur se marie et part pour toujours car elle va se marier en Syrie libre et que, venant de la Syrie occupée par Israël (le Golan), elle ne pourra plus y revenir.
    C'est aussi la souffrance de celle qui étouffe dans un Golan entouré de barbelés et qui trouve un souffle d'air en allant reprendre des études. Mais en Israël, précisément, à Haïfa. Bien sûr son mari et sans doute bientôt toute sa famille considèrent que c'est une trahison mais peut-on reprocher à un être qui meurt d'asphyxie de profiter d'un filet d'air à travers la seule ouverture qui reste ?
    Ne nous méprenons pas, les personnages principaux ne sont pas des palestiniens, car le Golan n'est pas en Palestine mais en Syrie. Ce sont des Druzes. Les Druzes habitent un territoire qui se situe dans la  grande Syrie historique (Syrie et Liban actuel). Pour des raisons de protection stratégique Israël a occupé le Golan, peuplé de Druzes, après la guerre des six jours en 1967.
     
    J'ai un peu connu les Druzes à travers à un officier de l'armée libanaise.
    Un des rares spécimens d'hommes à la fois sérieux et gais. Bien qu'il ne fût pas chrétien, j'ai parfois rencontré le même type chez des religieuses :  gaieté, douceur et compréhension appuyées sur des principes très fermes et une inébranlable résolution.
    Il m'avait expliqué qu'ils étaient des musulmans d'un genre très particulier qui  ne faisaient jamais de prosélytisme contrairement à la plupart des musulmans et des chrétiens.
     
    Le mariage Druze se prépare.
    Un des frères qui habite en Europe et a épousé une jeune médecin russe revient pour l'occasion. Son père l'ignore, ne veut pas lui parler. Nous ne saurons pas pourquoi. Son départ a t'il été considéré comme un trahison ? Son mariage a t'il déplu ? Je veux croire que c'est le départ que son père lui reproche. Les Druzes sont trop nobles pour la xénophobie.
    Le père participe à une manifestation qui promène des portraits du nouveau président syrien, le fils d'Hafez El Assad ; "le fils du lion est aussi fort que le lion" dit le père de la fiancée.
    Puis après le repas qui se déroule sans le marié qui est en Syrie et ne peut entrer, la famille et les amis accompagnent la fiancée à la frontière.
    Je n'ai pas envie de parler des tracasseries policières et administratives : vous en savez autant que moi. Le policier israëlien qui exerce son pouvoir avec un rien de sadisme moral pourrait être de n'importe quelle nationalité. De même que le factionnaire syrien géné par un cachet malencontreux et que vous avez déjà rencontré derrière un guichet ici même.
    Alors les deux moitiés du mariage s'observent, se parlent par porte-voix, à près de 200 mètres de distance. La fiancée s'assied sur une chaise qu'un jeune soldat israëlien lui a apporté. Et elle attend. Une française de la Croix Rouge fait l'aller-retour entre les deux postes frontière et, essaie, assez maladroitement à mon avis, de trouver une solution. Elle échoue, bien sûr. Et, soudain abandonnée quelques instants par sa famille, la fiancée se lève et traverse, seule,  la zone frontière, marchant vers la Syrie et son fiancé.
     
    Voilà un extraordinaire film ordinaire. C'est d'ailleurs sans doute son côté ordinaire qui nous donne cette impression de tout connaître, d'être près d'embrasser les acteurs, de nous sentir chez nous.
    Peut-être aussi parce que tous les jours les moyens d'information nous montrent un monde où l'injustice, l'occupation, l'absurdité - et les situations de ce film ne manquent pas d'absurdité, ni de son corollaire la dérision, ce qui nous permet de nous soulager en riant – sont devenus la norme pour cette partie du Proche Orient.
    Et peut-être sentons nous qu'elles pourraient bientôt nous atteindre.
    Mais surtout parce que c'est une histoire de femmes et que seules les femmes savent ou sentent ce qu'il faut faire à un moment donné, quand plus rien ne paraît possible. Et qu'elles savent faire surgir l'extraordinaire dans l'ordinaire.
     
    Sur le thème de l'occupation, dont nous parlerons, et sur les femmes, la fiancée syrienne nous ramène à la noblesse essentielle du cinéma qui est de nous faire vivre, dans notre cœur et comme si c'était la nôtre, la vie des autres.



     
     
     
     

  • No country

    No country for old men.





     
    En 1980 un règlement de comptes entre trafiquants de drogue Mexicains jette des Américains moyens dans une aventure qui les dépasse, et on les comprend, parce qu'elle bouleverse les règles du jeu dans ce coin du nouveau Mexique.
    Le titre du film qui est celui du livre n’a pas été traduit. Et on a bien fait. Car si l'on trouve parfois des tentatives de traduction dans certaines critiques, du style « ce pays n’est pas pour le vieil homme », cela ne nous convient pas du tout. C’est vrai que traduire de l‘anglais, langue elliptique par excellence vers le français, langue précise s’il en fût est toujours dificile. C’est Paul VI qui disait au philosophe Jean Guitton « lorsque je veux préciser ma pensée, je m’attache à la formuler ( mais pas à la traduire) en français. »
    « Tradutore, traditore » disent justement les Italiens - un traducteur est un traître selon eux. Alors pour trahir le moins possible l’esprit tout en sachant que je trahis et le vocabulaire et la syntaxe et notamment le temps du verbe- je propose « place aux jeunes ». Cela a l’avantage de rendre l’humour sous-jacent du film car il est vrai que si le vieil homme n’a guère d’influence sur les évènements, il a au moins la chance de survivre, ce qui dans cette production, est assez rare parce que ce sont les jeunes qui laissent de la place, beaucoup de place.
    Les frères Coen qui ont perdu leur H depuis toujours nous proposent avec ce film une drogue dure. A consommer avec plaisir mêlé d'un rien de modération, pour un certain nombre de raisons que nous allons détailler.
     
    Il y a d'abord deux Américains moyens mais remarquables. Ce sont le shériff (Tommy Lee Jones), à quelque temps de de la retraite qu’il prend d’ailleurs avant la fin du film et un chasseur, rude mais brave cœur ; ce qui va d’ailleurs lui coûter cher, comme son étonnante et constante maladresse. En fait il rate tout ce qu’il fait malgré les dons exceptionnels dont il dispose. On sent que ce type a toujours fait les mauvais choix depuis la maternelle, sauf et vous allez le voir, son mariage.
    C’est là le premier bémol car je trouve dommage qu’au cinéma les bons -ce garçon, comme le shériff est un homme bon- ne soient pas systématiquement récompensés.
    A propos du shériff il est vraiment fatigué et on se prend à penser que s’il haletait sur la piste du tueur au lieu de savourer son breakfast en lisant son journal les choses iraient quand même mieux. Sans vouloir un shériff excité comme un pile électrique - Duracell comme dit Madame Merkel en parlant de notre président- on aimerait bien qu’il réagisse un peu plus vite devant ce qui crève les yeux du spectateur et aussi les siens; arrive à son cerveau qui semble fort bien fait, mais se perd dans une sorte d’inhibition de l’action ou, je n’ose le croire, dans une prudence dictée par les joies supposées d’une retraite ses yeux perdus dans les superbes yeux bleus de son épouse vieillissante.
    Le deuxième bémol c’est que la fin n’est pas ce qu’elle devrait être. Mais je ne peux en dire plus car ce serait déloyal pour les futurs spectateurs.
     
    Parlons plutôt des délices de ce film que sont d’abord les personnages secondaires : le pompiste-épicier, l’éleveur de poules, la patronne du motel  j’en passe et beaucoup de meilleurs même s’ils n’apparaissent que quelques instants.
    Et surtout Clara Jane (Kelly McDonald), la femme du chasseur. Au début, on la découvre dans la caravane où ils vivent à la diable, négligée et désabusée puis, comme l'a dit l'interprète principal lors d'une interview, elle se révèle en fait être le joyau du film. Elle va être la plus courageuse de tous ces losers en refusant l’ultime et toute petite compromission morale qui pourrait éventuellement la sauver. Elle aurait pourtant tout à gagner en ne donnant presque rien -se prêter à un jeu d'enfant bien innocent, en apparence- mais elle refuse ce marché si alléchant.
    Elle donne ainsi une leçon à tous les personnages masculins du film. Jane est comme Jeanne d’Arc qui pouvait se sauver en se reniant. Mais elles ne le font pas.
    Au fait nous venons de parler de losers. Ne vous méprenez pas si nous reprenons là une expression Américaine commune des années 80 et dont même les Américains sont revenus : on sait bien qu'il n'y a pas de losers, de perdants prédestinés. Mais je l'emploie parce que dans ce film les frères Coen dépeignent, avec délicatesse et affection, des gens que l'on qualifie souvent ainsi. Cela ne veut pas dire qu'eux ou nous ayons le moindre mépris pour ces personnages. Au contraire. Malmenés par la vie, ils méritent, plus que d'autres notre respect et notre amour car ils sont un peu du Christ sur la terre. Comme l'écrivait Brasillach à la dernière ligne d'un livre où il dépeignait de petites gens dans de petites histoires, mais dont il faisait des héros de tendresse et de naïveté : "il n'y a pas d'êtres ordinaires".
     
    D'autres délices aussi par le rejet des conventions gnan-gnan du cinéma américain actuel (voir notre critique de « reviens-moi »). Par exemple le shériff, brave homme pourtant ni xénophobe ni intolérant ignore complétement la langue de bois du politiquement correct : il répond à son jeune adjoint qui s’étonne que les chacals n’aient pas mangé les cadavres - je ne dirais pas quels cadavres car il y en a beaucoup et je m’y perds - « peut-être qu’ils ne veulent pas des Mexicains ». En fait ces derniers sont tout au long de l’histoire dépeints comme des truands, ou, s’ils sont douaniers ou simplement badauds, comme des abrutis gras et avachis à souhait.
    Et enfin délice d'Apocalypse, le personnage le  plus important : Anton le méchant (très, très méchant). Anton est presque machinal. On se demande parfois s’il n’est pas un homme-machine, un robot - comme lorsqu’il recoud ses propres blessures dans une séance d’auto-chirurgie qui ne semble pas le faire souffrir- mais il a ceci d’humain qu’il dépasse en permanence les limites de la cruauté et manie le supplice moral avec une aisance précisément satanique…
    C’est à dire que c’est un ange. Mais un ange diabolique, Lucifer. Il faut savoir que pour certains le Diable n’est pas comme on le croit souvent un ange déchu mais plutôt un ange déçu. Un être divin déçu par Dieu. Car Dieu a établi une passerelle entre l’humain et le divin, a permis aux hommes d’accéder au paradis, notamment grâce aux prophètes, certes après des souffrances toutes terrestres, mais d’y accéder quand même. Cela Satan ne peut l’admettre car son amour pour Dieu est exclusif. Ange qui se veut parfait il veut aussi Dieu pour lui tout seul.
    Il s’attache donc à favoriser le mal sur terre pour interdire aux humains d’emprunter cette passerelle voulue par Dieu et les obliger à rester pour l’éternité éloignés du divin.
    Javier bardem (Anton) est un diable tout à fait plausible  et ses succès sont moins choquants si on lui reconnaît des qualités à proprement parler extra-terrestres.
     
    Finalement si Anton est un diable ce film a une certaine morale. Les hommes créent le mal par l’appât du gain. Les sages -les vieux hommes- ne savent plus agir, les jeunes s’y prennent mal, le Diable est omniprésent.
    Et les femmes essaient de sauver le monde même si elles n’y arrivent pas à chaque fois.

  • Jules et Jim

    JULES ET JIM.



    Il y a exactement quarante-six ans jour pour jour, Jules et Jim sortait en salle à Paris.
    Cette époque est lointaine mais le film lui-même est à une telle distance de ce que nous voyons aujourd'hui qu'on s'étonne d'y retrouver une atmosphère familière, un air connu. On y respire avec délice le parfum entêtant d'une alchimie compliquée et
     
     
     
    instable que l'on se sait pas définir et qui est inoubliable.
     
    Bien sûr nous sommes maintenant conditionnés par ce que j'appelle des films-mécanique ou tout est calculé à la seconde près pour nous intéresser, nous faire peur, nous révolter puis enfin nous rassurer.
     
     
    Cette technique est issue du marketing. Conçue, expérimentée et portée à la perfection aux Etats-Unis elle a pour but d'obtenir un produit qui marque notre sensibilité pour trois à quatre semaines. Le temps pour les critiques de faire venir les premiers spectateurs et pour ceux-ci, encore sous le coup de l'émotion, de convaincre leurs amis et leurs relations d'y aller aussi, tant que le film reste à l'affiche. Après on l'oublie. Mais quelle importance si l'opération est rentable ?
     
    Jules et Jim n'est pas un film-mécanique. C'est une histoire un peu exaspérante, parfois longue et ennuyeuse et l'heure trois-quarts ne passe pas très vite.
    L'intrigue est pauvre, les décors ridicules et les dialogues irritants.
    J'ai reconnu après quarante-six ans les mêmes moments d'ennui et il m'est arrivé, comme à seize ans, de ricaner un peu. Surtout lorsque Jeanne Moreau, que l'on connaît si différente, adopte un diction digne de BB dans Et Dieu créa la femme.

    Jules et Jim déroule l'histoire d'une amitié, de 1908 à 1919 et de Paris au pays Rhénan.
    Deux garçons, un peu artistes, très peu bohèmes, pas mal esthètes, s'intéressent à la même femme, Catherine (Jeanne Moreau). Jules est Allemand et Parisien et Jim est Parisien.
    C'est Jules qui finit par épouser Catherine, pour son malheur ;  et par avoir une petite fille avec elle, pour le malheur de celle-ci aussi.
    Catherine est une femme toujours insatisfaite qui ne s'accomplit qu'à travers la souffrance qu'elle inflige aux hommes. Indifférente envers sa petite fille, elle consacre son énergie qui est grande à rendre la vie impossible à son mari.  
    Elle fera en sorte que Jim, indifférent au début, finisse par se laisser séduire et devienne son amant. Un amant qu'elle entrainera dans une mort tragique, le sourire aux lèvres.
     
     
    Jules, disons le tout de suite, est un Allemand typique. Bon à l'excès, libéral à l'extrême mais capable de la plus grande indifférence lorsque Catherine le provoque ou finit par se noyer vraiment, avec Jim d'ailleurs.  
     
    Il est vrai qu'il aura du faire preuve aussi de la plus grande indulgence pendant toutes ces années et qu'il est difficile d'envisager une telle retenue sans une froideur cachée au moins aussi intense.
    Et l'on finit par se demander si ce n'est pas cette même indulgence qui a encouragé Catherine à se conduire ainsi : Jules a toujours repris la vie commune avec Catherine malgré tous ses amants et c'est sans doute pourquoi elle va aller encore un peu plus loin en choisissant son meilleur ami.
    Mais là encore Jules ne réagira pas comme elle l'attend. Alors elle se  tuera et tuera Jim, seule façon de les séparer.
     
    Vous avez bien sûr compris que le charme de ce film est ailleurs que dans son scénario.Celui-ci ne sert qu'à donner à l'ensemble une sorte de légereté, propre à mettre en relief l'essentiel. Ces scènes banales, cette histoire médiocre et triste guident le spectateur vers ce lien qui résiste à tout, même au génie maléfique d'une femme déséquilibrée, même à la guerre : ce dont j'avais peur dit Jules, c'est de tuer Jim.

    Cette banale suite de tableaux est un chef d'œuvre : celui de l'amitié.


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