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Causerie - Page 3

  • Bérénice ou le secret d'Halima, chapitre 1

     
     
     
     
     
     
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    Mai 1974 : en venant trente ans après découvrir la maison que mes parents avaient habité pendant quelques années à La Londe j'avais bien sûr une idée en tête.
    Déjà, moi, je ne l'avais pas connue  : ils l'avaient vendue deux ans après ma naissance, car, avais-je compris, ils ne voulaient plus mettre les pieds dans ce village. Il s'y était passé en 1944 quelque chose de terrible et mystérieux dont ils ne parlaient guère.

    En savoir plus sur les tragiques événements qu'ils avaient si souvent évoqué sans savoir que je les entendais, se taisant brutalement dès qu'ils décelaient ma présence, revoir les derniers témoins du drame et connaître toute l'affaire car j'étais convaincu qu'ils ne savaient pas tout ou qu'ils n'avaient pas tout dit. C’était mon idée depuis des années et, ce soir en partant de Paris vers dix heures, pour cette pause du premier mai, je pouvais enfin accomplir ce qui était devenu pour moi une sorte de devoir auto imposé, à mi-chemin entre l’enquête et un pèlerinage d’un genre inattendu.
    Et profiter de ce voyage pour essayer ma nouvelle Renault 16 TX en quittant les brumes parisiennes...

    Je m’appelle Chantal. À 25 ans je suis VRP chez l’Oréal. Pendant 22 ans j’ai été une bonne petite fille à la maison, lycée Victor Duruy, Hypokhâgne et Khâgne et Normale Supérieure lettres -eh oui- et puis, crac, « shame and scandal in the family » comme chante Harry Belafonte. Mon oncle ; celui que j’appelle « les trois heures » - traduction pour les lecteurs, ne pas dire à mes parents, merci : buveur, fumeur, baiseur, me trouve une place dans la boîte où il est lui-même VRP depuis 1950. Le frère de ma maman est un homme sans ambition particulière sinon celle de vivre le plus tranquillement et le mieux possible. Jamais marié, il a une vie d’égoïste dit mon père. C’est peut-être vrai mais depuis mon enfance c’est toujours lui qui a recueilli mes confidences, partagé mes joies et, plus souvent, essuyé mes larmes entre un père sûr d’avoir toujours raison et une mère qui n’était pas là. C’est marrant d’ailleurs, c’est lui le marin et elle l’absente. Nous y reviendrons.

    Je suis donc « représentante », comme ils disent. La honte et la crise. Ni prof ni fonctionnaire à la culture ou aux affaires étrangères. Non. Vendeuse. Mais après trois ans à profiter de l’explosion du marché de la beauté je gagne mieux ma vie que mon amiral de père et plus personne ne dit rien, même s’ils n’en pensent pas moins. Et voilà aussi pourquoi j’ai cette voiture que tout le monde m’envie.

    Alors puisque j’ai commencé à prendre les choses en main je veux comprendre quel est ce mystère qui m’a privé de la Côte d’Azur et de ses plaisirs que mes parents, eux, n’ont pas manqué. L’odeur des pins, le sable, la plage, le bronzage, les lèvres du maître nageur, restons calme.
    Il est minuit à hauteur d’Auxerre, je crois, et même au mois de mai, ça tombe. Une pluie bien serrée, bien de chez nous. « on est heureux nationale 7 », c’est vrai quand même et demain, je vais retrouver, Bécaud l’a dit, « les marchés…au soleil ».

    On va profiter de tous ces kilomètres pour récapituler ce que je sais. Tout mettre en ordre dans ma mauvaise tête, mais joli visage, de littéraire.
    Mademoiselle de Vaujade ! Bérénice de Vaujade. Un nom qui résonne dans ma tête depuis que, petite enfant, sans pouvoir dormir je collais mon oreille au mur de ma chambre, contiguë au salon, pour entendre mes parents revenir, sans cesse, sur ce qu’ils appelaient « cette histoire ».
     
     
     
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    Voilà ce que je sais de « cette histoire » : une famille installée depuis toujours à la Londe, la famille Guérin de Vaujade.
    Mes parents les ont connus quand le père viticulteur faisait son service comme officier de réserve à la base d'Hyères où mon père était alors jeune enseigne de vaisseau. Ils avaient tout de suite sympathisé, fait assez rare à l’époque entre le jeune officier issu de Navale et l’aspirant, un civil peint en bleu comme ils disaient, mais qui s’était révélé très vite un camarade modeste, discret mais dévoué et très cultivé : le paysan passait ses loisirs en compagnie des grands auteurs et je me plais à penser que le nom de sa fille, avait plus à voir avec Racine qu’avec une lointaine grand-mère alibi. Il n’aurait peut-être pas dû…
    Sa femme était la fille d'un paysan alsacien. Ils n'eurent qu'une fille, Bérénice, née le 25 décembre 1920. Une fille très belle disait maman, mais très originale, ce qui dans sa bouche avait valeur d’une condamnation. Une de plus devrais-je dire.
    Bérénice se marie en 1938, à dix-huit ans. Elle a très vite trois enfants, deux filles et un garçon qui, en 44, au moment du drame, avaient 5, 4 et 3 ans.
    Son mari ? pas un intellectuel comme disait encore ma mère.

    Marius était le fils de monsieur Catelan le maire du village. Un fils à papa toujours selon ma maman, mais Bérénice était bien pressée de se marier, pour être libre disait elle. Bon passons les filles ont toujours des idées un peu folles deux à trois fois dans leur vie. Mais l'idée n'était pas si folle au fond car Marius, son mari, avec son bac moins trois en poche était d'une part le plus doux et le plus attentionné des maris et, d'autre part allait hériter avec sa soeur de la plus belle propriété de la Londe.
    D’après ce que j’avais entendu Bérénice avait été la plus douce des mères -ça existe- et la plus attentive des épouses même si elle s’ennuyait un peu avec Marius qui ne lisait jamais et, grand coureur des bois, sillonnait les Maures avec ses deux chiens, rentrant, épuisé à la nuit, superbe athlète aux goûts simples, plein de bon sens, mais plus sensible à la beauté des collines -et aussi, soyons juste, à celle de son épouse qu’il chérissait- qu’à celle des belles lettres, passion transmise à Bérénice par son père.
     
     
     
     
     
     
     
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    Niçois, entré dans la gendarmerie en 1930 il est d'abord affecté à la Londe. Il est alors un peu le protégé de monsieur Catelan car la grand mère d'Ange, abandonnée à sa naissance, avait été placée chez les Catelan et l'avait en grande partie élevé. Il ira ensuite dans la gendarmerie mobile à Paris (on disait alors les gardes mobiles) pour revenir à La Londe en 1941.
    Je sais qu'après de nombreuses affectations en Indochine puis dans toute la France Ange a pris sa retraite à la Londe et c’est chez lui que je vais frapper demain matin. Il paraît qu’il est muet depuis trente ans sur ce sujet -j’entends encore maman dire "  ce n’est pas le gendarme qui dira quoi que ce soit "- très révélateur d’ailleurs, Papa dit Ange en parlant de lui mais pour maman ce n’est que le gendarme. Comme dit mon oncle chéri la fonction crée l’orgasme.
     
     
     
     Dimanche prochain : le gendarme se souvient.
     

  • Salut, l'ami



    Salut, petit bonhomme.


    Tu ne viens plus me voir quand je déjeune, récupérer une miette.
    Tu n’es plus non plus dans l’escalier pour m’accueillir en te couchant à mes pieds.

    Tu étais si intelligent, sensible et instinctif. Joueur et bagarreur.
    Sale Anglais, c’est en jouant que tu es mort car les chats étaient des copains pour toi et celui après lequel tu courais ce soir là viens encore me voir aujourd'hui pour me dire : "où est-il ?"

    Je n’ai pas envie de parler de ta fin. Quand la voiture t’a heurté j’ai cru que ce n’était pas grave, comme d’habitude, mais même moi je n’ai pas senti ma main qui saignait.

    En courant vers la maison, je sentais ton corps relâché dans mes bras et je croyais que c’était de confiance, mais tu mourais doucement.

    Posé sur le carrelage, ta petite langue rose pâle pointant entre tes dents, c’était déjà fini mais je voulais appeler le vétérinaire alors que vous saviez tous que cela ne servait plus à rien.

    Je n’ai pas eu beaucoup d’amis. Trois je crois, et toi. Quatre donc.

    Salut, l’ami.

     

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  • La gentille femme de ménage.

    La gentille femme de ménage.
     

    On trouve deux sortes de femmes de ménage, les méchantes et les gentilles. Nous ne nous attarderons pas sur les premières en vous laissant tout le soin de les détecter et donc des les éviter.
     
    Petit retour en arrière.

    La multiplication des femmes de ménage en ce début de siècle, alors que la profession avait pratiquement disparu au milieu du siècle dernier et ne consacrait plus ses effectifs réduits qu'aux grands de ce monde, est due, vous le savez au travail de nos compagnes…et au nôtre.
     
    Actuellement le jeu est le suivant : l'homme et la femme travaillent à l'extérieur pour gagner de l'argent qui, transitant par un compte joint des conjoints repart illico en loyers, loisirs, enfants et…femmes de ménage, la somme restante au bout du compte tangentant toujours le zéro comme à l'époque où la femme ne travaillait pas.
     
    Certains pourraient hâtivement en déduire qu'il n'est donc pas nécessaire de travailler à deux pour en arriver là, mais, outre que ce serait une atteinte intolérable au droit de la femme de se ruiner la santé, ce serait faire fi du bien-être apporté au passage par cette source de revenus doublée : loisirs qu'on ne peut prendre faute de temps, achats stressants en centres commerciaux, augmentation du niveau de vie et de confort des enfants et augmentation corrélée de leur ressentiment envers leurs parents.
     
    Je parle, je parle, mais je ferais bien de me dépêcher car au train où la vie augmente ce que j'écris devient faux le niveau de vie baissant très vite. Depuis 1981 les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Avec l'ancienne droite –De Gaulle, Pompidou et même Giscard, quoique- les riches étaient aussi riches mais pas beaucoup plus, tandis que les pauvres s'enrichissaient.
    Avec la droite de Sarkozy, tout le monde devient pauvre sauf ses amis.
     
    Revenons à nos femmes de ménage.
     
    J'ai quand même des remords avant d'attaquer le vif du sujet et je vous donne quelques trucs pour déceler la méchante femme de ménage :
    -elle communique pour se faire connaître – affichettes dans les commerces, annonces dans les journaux gratuits, etc.
    -lors du premier contact par téléphone elle vous fait part de sa grande expérience et du fait, apparemment contradictoire qu'elle ne fait des ménages qu'à la suite de déboires matrimoniaux dus à un époux inconstant, ingrat et volage.
     Attendri le couple laborieux la reçoit.
     
    Elle a 44 ans, un caleçon moulant gris ou noir, des traits durs sous des cheveux décolorés et commence par vous exposer ses propres contraintes : "je ne peux travailler que le lundi de 7 heures 50 à 10 heures 30 et le vendredi après-midi car :
    -je garde aussi des enfants,
    -je fais des permanences bénévoles à l'UFC- Que choisir,
    -je m'occupe de 3 vieilles dames, les pauvres…"
     
    Puis pressée de questions ( un projet de loi sur l'enregistrement vidéo des entretiens avec les femmes de ménage a d'ailleurs été déposé par un député UMP ), pressée de questions donc, elle finit par annoncer son taux horaire qui, tout en étant légèrement inférieur à celui d'un dentiste-vétérinaire est très supérieur à celui du JH ING DÉB DIPL ESI ROUBAIX que vous fûtes il y a bien longtemps.
     
    Sans relever la tête pour jauger l'effet produit elle ajoute "c'est un peu moins cher que mon tarif habituel mais je comprends que travaillant tous les deux vous ayez grand besoin d'un aide et, de plus, vous m'êtes sympathiques."
     
    A ce moment là, soit vous lui dites que vous allez réfléchir, soit vous l'embauchez sur le champ jusqu'au drame final qui se produit dans un délai de 4 à 6 semaines après qu'elle ait noyé le chat dans la piscine –il a glissé- fait disparaître l'Ipod de votre fille et égaré le 23 décembre le DVD du roi lion acheté le 22 pour la petite nièce.
     
    Avec un peu de chance vous transigez avec une faible indemnité lui permettant à peine de se payer une médiocre Logan mais, avec moins de chance, vous perdez devant les prudhommes qui donnent toujours raison aux gentils employés contre les méchants employeurs.
     
    Mais comme tout cela est bien triste, passons vite à la gentille femme de ménage.
     
    Elle est aussi facile à reconnaître qu'elle est difficile à trouver. Pas d'annonces, pas de tract, mais le bouche à oreille polyglotte, d'une bouche française à une oreille portugaise, puis à une bouche arabe et retour.
    En bref, elle ne se recrute que par relations, un peu comme la ministre de la justice ou, autrefois, le porte-parole.
     
    Si, par chance, vous arrivez à la trouver, vous la reconnaitrez facilement, elle aussi.
    A 35 ans elle est légèrement empâtée comme il sied aux méditerranéennes bonne cuisinières de surcroît. Habillée simplement, son visage respire l'honnêteté, son tarif horaire est le plus bas possible, soit le prix d'un beau magazine ou d'un mauvais repas.
    Vous donnez tout de suite votre accord, ravis d'avoir trouvé cette perle.
    Le soir même, blottis l'un contre l'autre, vous en parlez entre époux : "quelle chance…elle est vraiment bien… c'est un peu normal, c'est par relations…"
     
    Elle arrive le lendemain matin et l'un de vous reste pour lui donner quelques instructions et, discrètement, observer son travail. Vous faites bien car le spectacle en vaut la peine.
    La gentille femme de ménage est une fée. On croit la voir près de l'évier, elle est déjà dans la salle de bains où l'on tente de la rejoindre. Trop tard, elle a quitté cette pièce où baignoire et lavabos resplendissent pour aller étendre le linge de la deuxième lessive.
    Elle trouve le moyen d'embrasser au passage la petite dernière et de caresser le chien. C'est un miracle. C'est Clochette et Cendrillon. C'est madame Propre. C'est trop.
     
    Le soir, re-séance de congratulations conjugales lorsque l'on récapitule les hauts faits de cette mémorable séance de nettoyage qui marquera les esprits du couple pendant 2 ou 3 mois.
     
    Et c'est sans doute là tout le problème car c'est grâce à cette première impression époustouflante que vous ne prendrez pas conscience de la subtile évolution qui va survenir.
    Petit à petit pourtant, certains signes avant-coureurs apparaissent, mais, toujours sous le choc on les attribue à un membre de la famille ce qui donne les dialogues suivants :
     
    -tu ne lui a pas dit de nettoyer le lavabo ?
    -pourquoi c'était à moi de lui dire, je croyais qu'elle le savait ?
    -oui, mais elle a du penser à faire le plus urgent d'abord, il fallait lui expliquer
    -donc c'est de ma faute si elle a mal fait son travail.
    -non, je n'ai pas dit ça et je comprends qu'avec le désordre des enfants elle ne puisse pas tout faire.
    -c'est vrai ils exagèrent. Tu devrais être un peu plus ferme".
    Et ainsi de suite…

    Avec le temps, avec le temps… d'autres phénomènes curieux apparaissent.
    Tout d'abord les expériences de lessive : le t-shirt rouge de la fille lavé avec le polo et le short du tennis du garçon donnent pour résultat un adolescent furieux, bien qu'adorablement vêtu en rose bonbon, qui brandit une raquette en menaçant d'assommer la fée du logis.
    Il faut dire que la lessive est une activité où la gentille femme de ménage manifeste le plus son esprit de système et sa méthode – si on est indulgent- son manque d'intelligence – si l'on est adolescent.
     
    Elle lave en effet d'abord le moins urgent : draps, couettes, oreillers (il y en a 600 dans la maison), c'est le lundi.
    Puis les serviettes, c'est le mercredi.
    Puis les hauts (corsages, chemises, polos, pulls –le cachemire à 90°C), c'est le vendredi.
    Puis des draps le lundi suivant.
    Puis les pantalons, shorts et jupes le mercredi.
    Et parfois, en de rares occasions il faut le dire, deux slips et deux chaussettes de genre, de race et de langues différents.
     
    Au passage je remarque que la saga des chaussettes orphelines et des bas veufs reste à écrire. A croire que chaque logement recèle une cachette secrète où se nouent des intrigues passionnées entre veufs et orphelines, veuves et orphelins, amours hélas stériles car on ne revoit jamais apparaître les fruits de ces amours textiles.
     
    Les résultats de cette implacable organisation sont les suivants :
     
    -le lundi vous pouvez aller qui au bureau, qui au lycée, qui à l'école, mais sans jupe, ni pantalon, ni slip, ni chaussettes.
    -le mercredi vous ne pouvez pas sortir car vous êtes tout nu. C'est le jour où la famille circule dans le couloir, drapée dans des couvertures. On dirait d'une tragédie grecque ou bien, le soir, d'une procession de revenants dans un château au nord d'Edimbourg.
    -le vendredi vous avez tout jusqu'à la ceinture mais rien au dessous. La gent féminine proteste.
    -le samedi et le dimanche vous lavez comme des fous pendant deux jours et deux nuits et le lundi tout est en ordre jusqu'au retour de la gentille femme de ménage.
     
    L'autre activité où se révèle la gentille femme de ménage est le dépoussiérage : qui n'a pas vu ces magnifiques carrés de poussière sous les meubles de même forme ou ces vases de cristal opaque n'a rien vu. Qui n'a jamais déplacé un cendrier pour découvrir un cercle parfait de propreté à l'endroit qu'il occupait n'a pas connu les bienfaits de la gentille femme de ménage.
    Mais au bout de quelques mois tout le monde tousse et, le soir sous les lumières des spirales de poussière montent et descendent gaiement, comme les flocons d'une neige éternelle.
     
    Alors ces quelques désagréments vous font voir la gentille femme de ménage sous un autre aspect. On parle de lui signifier son congé, initiative hautement approuvée par les ados qui en ont assez de se voir reprocher de lui faire perdre son temps précieux à ranger, "si vous rangiez vos affaires, elle ne ferait pas de bêtises pour le linge, etc."
     
    Mais c'est sans compter sur la volonté populaire. En effet la gentille femme de ménage n'a pas besoin de prudhommes car elle a des alliés dans la place.
    Les petits enfants d'abord, les animaux ensuite.
    Enfants jeunes, animaux et gentilles femmes de ménage ont des goûts, des aptitudes et, logiquement, une stratégie parallèles.
     
    Leurs goûts les portent au rythme nonchalant que le gentille femme de ménage a adopté après sa première et unique séance de démonstration Clochette+Cendrillon.
    Ils adorent les pauses Coca avec celle qui retape les coussins devant la télé et ne dédaigne pas de s'asseoir quelques secondes avec eux – elle est fatiguée la pauvre- pour profiter d'un bon dessin animé.
    Leurs aptitudes sont similaires : économiser naturellement l'énergie et ne l'utiliser que pour des activités de survie, se reposer et manger.
    Leur stratégie enfin est identique : être le plus efficients possible, c'est à dire faire le moins pour avoir le plus.
     
    Le spectacle rarement observé –car leurs systèmes d'alerte avancée qui combinent  chiens frétillants et verrous à double tour sont difficiles à déjouer- mais facile à imaginer, d'une petite fille, d'un petit garçon et d'une gentille femme de ménage en train de dessiner pendant que le caniche papatte l'assiette de gâteaux au bord d'une table basse est tellement beau, tellement émouvant qu'il ne peut que contribuer à l'élévation générale des mœurs et de la morale.
    Et c'est un spectacle qui a d'autant plus de valeur qu'il est payant, et même plus cher, à l'heure, qu'une séance de cinéma.
     
    Vous comprendrez pourquoi cette auxiliaire, si elle n'est pas parfaite, est bien utile socialement. De toutes façons c'est une manière comme une autre de dépenser l'argent gagné par le couple doublement acharné au travail qui ne peut plus se
    permettre de s'accorder le rythme qui devrait être celui de tous les êtres humains : celui des gentilles femmes de ménage.
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

  • La puissance mondiale et le terroriste

    Un dialogue entre la puissance mondiale et le terroriste

     

    La puissance mondiale :

    Tu fais irruption dans notre monde qui se doit d’être calme et propice à la consommation pour y apporter la mort, la souffrance et, surtout, une inquiétude permanente.
    Alors que nous, tout  ce que nous voulons c’est vous apporter nos produits et notre culture. Une culture fondée sur la plus grande civilisation du monde, celle de nos pères fondateurs et de leurs immortels principes.
    Tu nous fais souffrir injustement.

    Le terroriste :

    C’est vrai, mais c’est le seul moyen d’entrer en contact avec toi, de n’être pas considéré comme un consommateur obéissant aux ordres transmis par la publicité ou par vos Etats : achetez, vendez nous à bas prix vos matières premières, fabriquez, le moins cher possible, ce que nous vous vendrons à notre tour.
    Mais pour cette prise de contact, toute de chaleur et de lumière, nous donnons ce que nous avons de plus cher : notre vie. Nous ne pouvons pas payer plus. C’est la monnaie universelle qui vaut bien plus que tout l’or du monde. Tu dis toi-même que la vie est le bien le plus précieux. Tu la protèges même, je crois, à l’excès. Certains de vos vieillards, attachés à leur lit, ne vivent plus que par des tuyaux, des fils. Quel supplice ! Ne seraient-ils pas mieux au paradis ? Mais y crois-tu encore au paradis ou veux-tu à tout prix qu’il soit sur terre ?

    La puissance mondiale :


    La vie du consommateur m’importe beaucoup, oui, oui.
    Mais reconnais que la vie des personnes âgées et pauvres ne nous importe pas toujours et que nous sommes prêts à la sacrifier si leur famille ou leur retraite ne peut payer les soins que tu évoques. La vie des handicapés aussi, bien que nous fassions des efforts pour qu’ils consomment le plus possible : c’est leur chance de survie, leur chance de naître, de ne pas être éliminés avant la naissance.
    Nous disons, consommez, enrichissez nous et vous serez sauvés. C’est là notre bonne nouvelle. Les hommes seront sauvés. Il leur est seulement demandé d’acheter. Il y a bien longtemps un certain Jésus avait dit que l’Amour nous sauverait. Il s’est trompé et d’ailleurs il en est mort, très jeune.

    Le terroriste :

    Tu nous apportes la consommation, tu nous prends nos matières premières et tu nous apportes ta culture dis-tu. Mais cette culture ne ressemble en rien aux principes qui sont censés être les tiens et qui, dis tu encore, ont fondé ta civilisation. Apporte-moi au moins des symboles, des signes qu’il existe une possibilité, si minime fut-elle d’être politique, de négocier, de se regarder, que sais-je…

    La puissance mondiale :

    Mais cette culture c’est la nôtre. Compare nos feuilletons policiers à ceux que nous produisions il y a seulement trente ans : ils sont devenus grossiers, violents, malsains. Comme notre société. L’inspecteur Maigret c’est fini, dépassé, personne ne se reconnaît en lui.
    Regarde ces files d’hommes et de femmes qui se dirigent vers nos hypermarchés, voilà ce que nous pouvons te donner. Au printemps, sous les premier rayons du soleil vois ces jambes boudinées, ces visages de femmes noyés dans la graisse, cette graisse qui les protège des agressions et les maintient dans leur fonction essentielle, consommer. Respire l’odeur âcre qui s’échappe de leurs vêtements à bon marché. Nous ne pouvons te donner que cela. Et nous devons te le donner pour que tu deviennes comme nous.

    Le terroriste :


    Pourtant j’ai lu ton histoire et je connais ta religion. Moi, j’ai la foi. Toi semble-t-il, tu connaissais l’amour. Tes saints et Jésus lui-même parlaient sans cesse d’amour. Donne nous cet amour. Ton amour et notre foi pourraient devenir des symboles d’échange et d’accords, improbables aujourd’hui, possibles demain.

    La puissance mondiale :


    L’amour a changé de sens chez nous. Il est devenu, aussi, marchandise : amour sur la une des journaux, à l’affiche des films, mais le mot n’a plus de sens, n’a plus le sens que lui donnaient les saints et Jésus.
    D’ailleurs, tu me le disais toi-même, l’amour, c’est toi qui le possèdes. Le Christ a dit « il n’y a pas d’amour plus grand que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ». Toi le terroriste, le pauvre, sans même les produits de ton sol que l’on te prend, tu gardes ce que nous avions de plus précieux. Il ne nous reste rien. Tu donnes ta vie éternelle quand tu nous frappes et tu ne nous laisses pas l’amour puisque tu nous donnes tout en échange.
    D’ailleurs il n’y a plus d’échange, plus de symboles, plus de politique. Nous n’avons plus rien à te donner que ce que nous proposons aujourd’hui. Nous te donnerons de plus en plus ce que nous avons de mauvais. Notre sous-culture, nos bombes, nos maladies et plus encore, nos maladies de l’âme, nos perversions. Nous te donnons tout ce que nous avons. 

    Le terroriste :

    Je voudrais prendre tout cela mais je sais qu’en l’acceptant je perdrai non pas la vie, je la gagne en la perdant de toutes façons -comme disait votre Saint françois « c’est en donnant sa vie que l’on gagne la vie éternelle »- mais l’espoir de ma vie future, de mon bonheur éternel et cela, même si je suis prodigue de mon bonheur terrestre, je ne peux l’accepter. Parce que, justement, j’ai la foi.
    Pourtant crois-moi c’est difficile aussi ce que je fais. Avant que d’appuyer sur la mise à feu de ma bombe, je vais penser au soleil qui au petit matin caresse les vergers de Bethléem et à la nuit d’hiver qui, brutalement, transforme les oliviers de Nazareth en autant de mains tournées vers le ciel mais où, parfois, il me vient la pensée fugitive et sacrilège que Dieu nous oublie.
    Je pense aussi à la douceur de la joue de ma fiancée, qui ne sera jamais ma femme, et qui est, dit ma mère, aussi belle que Myriam, la vierge Marie.

     

     

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    La puissance mondiale :

    Ce Saint François n’est plus le nôtre. Nous refusons tous les saints. Nous sommes des gens réalistes, honnêtes, qui ne vendent pas du vent.
    Et puis ça suffit, nous n’y changerons rien. Ni toi, ni moi. Les dés de fer ont été lancés, je les entends rouler. Ils vont s’arrêter d’un moment à l’autre. Je serai vainqueur-perdant et toi perdant-vainqueur. Mais toi et les tiens vous souffrirez, des bombes certes, mais surtout de la civilisation, si l’on peut dire, que nous nous préparons à t’offrir. Essaie de continuer, au fond, pourquoi pas ? Peut-être que la douleur des mères portant leur enfant déchiqueté est préférable à l’immense pourrissement qui nous a gagné et qui va atteindre vos côtes. Car à côté d’une mère qui pleure, combien d’amours, de poètes, de saints allez vous encore produire ? As-tu choisi ?

    Le terroriste :

    Je n’ai pas à choisir. Dieu m'a choisi.

     



     

  • Le renard du désert


    Afrika korps
    Un fait d’armes de Rommel : avoir refusé la violence dans des circonstances difficiles.
     
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    Du renard du désert ces temps étaient le fait
    Comme notre petit fauve, certes il était rusé
    Mais bien plus que de ruse son cœur était comblé
    Car il aimait surtout la gloire et la beauté.

    Or ses soldats fourbus par tant de luttes épiques
    Avaient chassé l’ennemi jusqu’en Cyrénaïque
    Et leurs chars brûlants de poudre et de fumée
    Avaient vaincu enfin leur ennemi Anglais.

    Ces jeunes dieux du sable dans leur frêle beauté
    Gagnaient même aussi, armés de naîveté
    Les cœurs endurcis des bédouins stupéfaits
    Devant tant de puissance, de bruit et d’amitié.

     
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    Ces Arabes aux cœurs purs sous leur peau brûlée
    Sentant l’acier de Krupp sous leurs doigts burinés
    Riaient comme des enfants, caressant les blindages
    Soupesant les fusils, jouant avec les canons.

    Mais les agents Anglais en rapportant ces faits
    montrèrent à leurs chefs où était le danger.
    Passe encore de gagner des combats, des mêlées,
    Mais s’ils attirent les peuples tant par nous exploités,
    que nous avons soumis pour les utiliser,
    Ils auront bientôt fait de nous chasser d’ici
    il nous faut donc d’urgence rompre ces amitiés.

    Aussitôt, trente deniers, ils paient ceux qui en tous pays,
    vivent du mal, du laid et insultent à la vie.
    La cible est vite trouvée pour les trois bandits :
    ils vont assassiner ce tout jeune marié
    qui montre dans les souks la photo de son Inge
    la maman aux yeux bleus des bébés de Thuringe.

    Un soir il vient parler à ses nouveaux amis :
    il veut leur acheter un bracelet et un châle.

    Alors trois voyoux l’assaillent dans la nuit.
    Ils lui ouvrent la gorge : il n’était pas armé.
    Ils vont chercher la bourse et sont félicités.

    Lorsque le lendemain au camp du général la nouvelle se répand,
    la colère s’enflamme.
    On parle déjà d’otages ou bien de représailles,
    de verser du sang neuf pour ce sang pur versé.

    Mais Rommel est debout, il s’avance et leur parle :
    « ne voyez vous donc pas l’idée des ennemis?
    il veulent nous dresser contre nos  vrais amis.
    L’Arabe a le cœur noble, il connaît notre force.
    Si nous ne vengeons pas notre frère bien aimé
    en rajoutant du mal au mal déjà fait
    nous serons toujours purs dans leurs âmes bien nées ».

    Les hommes rentrent au camp, ils savent qu’il dit vrai.
    Plus jamais il n’y eut de soldat attaqué.

    Et aujourd’hui encore, au fond de la Lybie
    aux enfants graves et beaux quand le désert est muet,
    on entend les anciens à leur tour raconter

    la légende des Germains serviteurs du tonnerre,
    blonds, doux et plus vifs que l’éclair.


    podcast
     


  • SIMON MANN

    Bloody Sunday.

    L'acteur, le joueur, le dictateur et une femme pour sauveur.




     


    Il est un peu tard ou un peu tôt pour parler d’une production de 2002 qui n’a pas rencontré un grand succès populaire.
    « Le dimanche 30 janvier 1972, à Derry en Irlande du Nord, Ivan Cooper est l'organisateur d'une marche pacifique pour l'égalité des droits entre catholiques et protestants, mais la manifestation se transforme en émeute : treize morts. Une journée qui restera à jamais gravée dans les mémoires sous le nom de "Bloody Sunday".
    Paul Greengrass dissèque les enjeux, les tensions, les incompréhensions et les erreurs des deux parties. Il montre à quel point ce triste épisode du conflit irlandais a été une défaite de l'idéalisme qui habitait tous les hommes, femmes, enfants. Il se contente de filmer, de raconter ces événements qui en une seule journée ont fait basculer un conflit séculaire en guerre civile.
    Le tournage a eu donc la particularité et l'extrême audace de mêler des soldats de l'armée britannique, des anciennes victimes patriotes de tous bords, des Républicains et des Nationalistes, sans oublier les forces spéciales irlandaises, chargées de la sécurité du plateau. Ainsi, on retrouve parmi les figurants, comme dans les seconds rôles (par exemple les militaires ou les infirmières), des personnes ayant réellement vécu les évènements, s'investissant pleinement, allant même jusqu'à improviser en fonction de leurs souvenirs. »
     
     
    Or un des acteurs, celui qui joue le rôle du colonel Wilford commandant des parachutistes britanniques, s’appelle Simon Mann. Ce nom  ne vous dit rien, mais Simon Mann est un ancien officier qui a tenu là le seul rôle de cinéma de sa vie.
    Elève d'Eton puis de Sandhurst il vient d'une famille célèbre dans un pays où le sport tient lieu de titre de noblesse car son père et son grand-père dirigeaient l'équipe Britannique de cricket. En remontant au delà on trouve cinq générations d'officiers.
     
    Simon fonda une société de sécurité après avoir quitté l'armée. Alors qu'il allait mettre en place la protection de puits de pétrole en Angola il fut arrêté lors d'une escale au Zimbabwe (ex-Rhodésie) puis emprisonné et condamné sous de faux prétextes.
    Il est aujourd'hui illégalement emprisonné dans la plus terrible prison du monde. Surnommée le Dachau de l’Afrique la prison de « black beach » ne voit guère sortir vivants les  détenus qu'elle accueille pourtant en grand nombre.
    Après avoir purgé au Zimbabwe une peine de quatre ans de prison (réduite à trois ans pour bonne conduite) sous la fausse accusation d’avoir voulu fomenter un coup d’état précisément dans la voisine Guinée équatoriale, Simon a été relâché mais aussitôt kidnappé à l’endroit même de sa libération, l’aéroport de la capitale Zimbabwe Harare, par le dictateur de la Guinée voisine.
     
    Voilà qui éclaire d’un autre jour le tournage de ce bloody Sunday.
    Il y a six ans Simon était bien en chair et en le revoyant maintenant on imagine les souffrances qu’il a endurées même si l’ancien élève d’Eton a la fierté de sourire encore. " Never explain, never complain - n’explique jamais et ne te plains jamais " impérissable devise des collèges de l’aristocratie Britannique.
    Dans le film j’avais trouvé Simon Mann peu convaincant en colonel un peu débordé par ses troupes. On sentait qu’il affichait une volonté exagérée et presque enfantine d’en découdre avec les Irlandais et que cette attitude, interprétée à maxima par les échelons inférieurs ne pouvait qu’entrainer une catastrophe. Un joueur.
     
    Nous devons dire que tous les officiers Anglais étaient dépeints soit comme des vaniteux dangereux (le général dépêché par le gouvernement et qui ouvre le parapluie dès que les choses tournent mal), soit comme le colonel de paras dont nous venons de parler et qui est un peu irresponsable, soit enfin comme le commandant du PC, conscient des risques et consciencieux mais manquant d’énergie, qui comprend et approuve le chef de la police -« tout le travail de ces années est réduit à néant » dit ce dernier- mais veut se voiler la face. « Les paras ont reçu la consigne d’être modérés » dit-il.
    « Paras, moderate ? des paras, modérés ? » répond, incrédule et presque désespéré le policier qui sait bien que cette phrase n’a aucun sens.
    Comme le disait M. Messmer, ministre des armées en mai 1968, alors que d’autres membres du gouvernement le consultaient sur l’opportunité de faire intervenir l’armée contre les manifestants «  mes hommes ont appris à s’attaquer à l’ennemi pour le détruire. Ils ne savent pas faire du maintien de l’ordre. Pour un policier tuer peut être la fin de sa carrière et en tout cas un échec. Pour un militaire c’est au contraire à cela que tend tout son entrainement. ».
     
    Nous revoyons aujourd’hui ce film qui nous avait tant plu parce qu’il était vrai. Parce que le gouvernement Anglais avait placé des soldats dans une manifestation où ils n’auraient pas du se trouver. Et que la conséquence en a été une quinzaine d’années de haine. Les officiers Anglais que nous avions rencontré peu avant ce bloody Sunday, en 1971, étaient venus en Irlande pour s’interposer entre nationalistes Irlandais et Orangistes -catholiques et protestants pour faire simple- et ils prétendaient à l'impartialité.
    Si les nationalistes les énervaient, les orangistes les inquiétaient car ils savaient que leur intransigeance était souvent la cause des heurts fréquents entre les deux factions. Le pasteur Paisley, chef de file de ces extrémistes, terriblement violent en paroles, avait donné son nom au petit chien noir et blanc, caractériel et aboyeur, recueilli par un de nos amis, lieutenant du 29° artillery commando light. Lorsque dans les pubs - où nous étions souvent- on entendait « Paisley, come here » et que Paisley, aussi teigneux que son homonyme s’asseyait et ne bougeait pas, l’énervement des civils protestants face à ce sacrilège se transformait en sourire devant la résistance de l’Orangiste blanc qui portait une oreille et un oeil noirs.
     
    Ces souvenirs sont bien lointains et le bloody Sunday a balayé tout cela. Aujourd’hui je me rappelle seulement qu’il y a trois ans Teodoro Obiang Nguema, président de la Guinée équatoriale, a  dit qu’il arracherait lui-même la peau de Simon Mann. Cela peut sembler ridicule et exagéré et bien dans la manière de ces dictateurs d’opérette, qui paraissent presque amusants, si loin, à travers nos écrans.
     
    Pas pour l’épouse de Simon, Amanda Mann : « I shake with fear of the day when I’ll have to tell my chidren that Simon won’t be coming home - je tremble de peur en pensant au jour où j’aurais à dire à mes enfants que Simon ne reviendra pas à la maison ».
     


     


    Car certains maîtres de l'Afrique ne sont pas des dictateurs d’opérette mais des marionnettes baroques et cruelles : voyez leurs mains tachées de sang, voyez la chair qui se colle à leurs pas. Ecoutez surtout ces hurlements de damnés. Ce sont leurs victimes qui demandent grâce.
     
    Mais, si Amanda ne réussit pas à le sauver, alors, « never complain », Simon Mann saura mourir sans se plaindre.
     
     
     
     

     
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    Pour Simon Mann son épouse Amanda, fille d'un homme d'affaires londonien a toujours été " my jewish princess – ma princesse juive ".


     
     

  • Occupation

    L'OCCUPATION

     


    Qui n'a jamais eu entre les mains un livre sur l'occupation ?
    Après en avoir lu tant et plus et ayant écouté ma famille en parler si souvent, je croyais m'être fait une idée assez  juste de ce que nos parents avaient vécu de 1940 à 1944.
    Un ouvrage de Jean-Marie Pontaut et Eric Pelletier m'apprend qu'il n'en est rien.

    Chronique d'une France occupée
    est une sélection des rapports confidentiels de la gendarmerie 1940-1945 et je l'ai acheté dès que je l'ai vu en librairie car j'ai toujours eu un faible pour les gendarmes qui me paraissent incarner l'aspect humain de la loi.  
     
    Il est impossible de rendre ici la richesse de ces rapports confidentiels choisis par les auteurs avec soin et bon sens même s'ils les ont accompagnés de commentaires attendus et conformistes car ces documents ont une telle force que même ces ajouts malencontreux n'enlèvent rien à leur intérêt.
    On y découvre des gendarmes pris entre leur devoir de protection des populations, les consignes parfois absurdes du gouvernement, l'autorité occupante qui se méfie d'eux…et l'on se dit qu'ils aient réussi malgré cela à faire leur devoir pendant quatre ans relève du prodige.
     
    Je distingue trois grandes phases dans cette occupation. La première qui va de la défaite de juin 1940 à 1942, se déroule dans des conditions presque humaines malgré les interventions parfois ubuesques de lEtat Français. Voci ce qu'écrivait un chef d'escadron de gendarmerie en 1942. L'extrait est un peu long mais il en vaut la peine : " le préfet d'Ille et Vilaine, pour satisfaire une réquisition Allemande, me demanda un jour de placer des gendarmes sur les principales artères de Rennes en vue de confisquer les vélos des cyclistes de passage ; je lui opposai un refus formel en lui indiquant que, sous mes ordres, la gendarmerie n'accomplirait jamais une telle besogne ; les cycles furent alors achetés dans le commerce.
    On peut conclure qu'un officier de gendarmerie est désormais placé devant le dilemme suivant : ou courber l'échine et accepter sans sourciller d'accomplir les besognes les plus viles… ou résister pour sauvegarder la dignité de l'arme…On répondra "tout est question de tact, il y a la manière de s'y prendre, il faut être souple, diplomate, etc." Quand il s'agit de dignité, d'honneur, de propreté, il n'y a pas deux manières, une seule donne des résultats, celle qui consiste à parler sans détours et sans peur… Vis à vis des troupes d'occupation, on obtient davantage en parlant net et énergiquement qu'en se livrant au léchage de bottes".

    A cette époque où les passions ne sont pas encore déchaînées et où l'armée Allemande est soumise à une stricte discipline un rapport de gendarmerie d'octobre 1940 montre que l'occupation respecte certaines règles qui voleront en éclats quatre ans plus tard à l'heure de la débâcle Allemande : " le 17 octobre un sous-officier Allemand a pénétré chez madame M. et a tenté de violer cette dame. Malgré une lutte acharnée il n'est pas parvenu à ses fins. Aux cris poussés par madame M. le sous-officier a été appréhendé par une patrouille allemande de passage. L'intéressé est passé ce jour en conseil de guerre et a été condamné."
     
    La seconde phase, de 1942 à fin 1944, est sanglante et noire. Les gendarmes et la population qu'ils défendent sont pris entre deux crimes qui entrainent un déchainement de violence de part et d'autre.
    Le crime le plus grave est celui du gouvernement de Vichy qui introduit le STO (service du travail obligatoire), obligeant des dizaines de milliers de jeunes français à partir en Allemagne ou à prendre la maquis. Les gendarmes doivent alors réquisitionner ces jeunes pour les envoyer travailler en Allemagne : "des questions comme le STO, où le gendarme est en opposition permanente avec une population qui lui avait marqué jusqu'alors de la sympathie, lui donnent l'impression qu'il entre en lutte contre l'ensemble du pays... pour beaucoup de gens autrefois bienveillants à l'égard du gendarme, celui-ci n'est plus maintenant que le recruteur de l'allemand".
    Le deuxième crime est celui du parti communiste, naguère allié d'Hitler et qui, retournant sa veste lors de l'invasion de l'URSS, déclenche ce qu'il faut bien appeler un cycle d'asssassinats. Des militaires allemands, souvent désarmés, sont exécutés dans des lieux publics dans le but de provoquer des représailles, qui ont bien sûr dépassé toutes les espérances. Ces actions n'ont rien à voir avec celles de FFI obéissant aux ordres du général De Gaulle en menant une guerre de renseignement puis, après le débarquement, de soutien aux troupes alliées.
    De plus dans cette deuxième période on sent que le gouvernement de Vichy ne joue plus son rôle face aux excès des occupants. Il est aux abonnés absents.
     
    La troisième partie est celle de la Libération où là non plus les excès n'ont pas manqué. Je n'ai pas envie de parler des massacres qui ont eu lieu des deux côtés, car on en a déjà trop dit. Il y avait heureusement des moments moins terribles. Citons seulement ce rapport  d'un gendarme du Calvados où affleure un humour –involontaire ? : "attitude des militaires alliés : le comportement des noirs Américains s'est amélioré. Un seul viol est à déplorer à Breuil-en-Bessin. La vicitme est âgée de quatre-vingt-deux ans."

    En refermant ce livre on se dit qu'il est de l'intérêt de la France de toujours préserver la gendarmerie, cette arme qui protège les citoyens depuis le 17° siècle, et qui a subi le feu de l'occupation sans en sortir défigurée.
    Et qu'elle ne doit pas être soumise à une autorité autre que celle des autorités militaires et du chef de l'état, chef des armées : " le placement de la gendarmerie sous les ordres directs du chef du gouvernement a d'une façon générale très affecté les autorités militaires qui non seulement regrettent de ne plus pouvoir commander la gendarmerie, mais ont aussi exprimé leurs craintes que l'arme soit à la longue transformée en une police civile, ce qui équivaudrait à sa perte".
    Cela est prémonitoire car ce qui a failli se produire pendant la guerre va arriver au 1° janvier 2009 lorsque le ministère de l'Intérieur prendra sous son entière tutelle la gendarmerie.
     
    Vichy avait en effet cru devoir, dans la deuxième période de l'occupation,  subordonner la gendarmerie à Darnand, brillant soldat de la campagne de 1940 mais devenu après la défaite un collaborateur sans aucune retenue et nommé responsable de l'ensemble du maintien de l'ordre en France occupée.
    La gendarmerie aurait pu y perdre son âme. Elle a été sauvée par ses traditions, son sens du devoir et sans doute son ancrage rural.
     
    Et c'est un livre bien différent, itinéraire d'Alia Babbou qui complète ma réflexion sur l'occupation.
    Ce sont les souvenirs d'une Tunisienne hors norme qui a visité plus de cent pays, dont toute l'Europe jusqu'au Cap Nord, seule au volant de sa Renault 4.
    "Féministe, nationaliste, moderniste et profondément humaniste elle a été le témoin privilégié des étonnantes mutations de la société tunisienne ".
    Dans ce livre nous, Français nous rendons compte que nous aussi avons été des occupants comme les Allemands le furent pour nous.
    Toute jeune adolescente Alia a vécu la deuxième guerre mondiale et a vu les Allemands occuper la Tunisie.
    La grande différence est que pour elle le vrai occupant c'est le colon, le fonctionnaire ou le militaire français. Alors quand les Allemands arrivent en 1942, et malgré le discours des Français de l'époque, l'occupant n'est pas celui que l'on croit : " pour le peuple tunisien la réaction a été spontanée et incontrôlable. L'ennemi de notre ennemi est notre ami et nous avons accueilli les Allemands comme des libérateurs. Chaque famille tunisienne ou presque avait ses amis Allemands…beaucoup l'ont payé de leur vie. A Béja, tous les hommes de la famille Ben Youssef ont été fusillés pour "collaboration" avec l'ennemi".

    Il est bien difficile de conclure, sinon que toute occupation est intolérable et qu'elle ne peut durer. Qu'elle coûte généralement plus cher à l'occupant qu'elle ne lui rapporte.
    Qu'elle ne peut se passer à peu près correctement, et de toutes façons pendant très peu de temps, que si la troupe occupante est soumise par ses propres chefs à une discipline implacable. Et qu'il ne sert à rien de la déguiser en collaboration, car les peuples ne s'y trompent jamais.
     
    Aucune occupation n'a n'a engendré la paix. Comme le disait Jeanne d'Arc : "j'aime les Anglais, chez eux."

     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

  • Reviens moi

    REVIENS MOI.
     
     


     


     
    Une même lignée.
     
    On a vu et revu orgueils et préjugés. Sous des livrées différentes, série télévisée ou film, ces productions ont conquis un public attiré par un luxe de bon aloi et des sentiments aux teintes pastel. Et des bruns, des gris et des verts anglais atténués comme les sentiments nuancés que l'on attribue aux âmes bien nées.
     
    Dans la même lignée, et c'est bien l'expression qui convient dans ce monde aristocratique, Reviens-moi est l'adaptation du roman atonement (expiation).
    Ce film nous montre Brionny, petite adolescente, qui assiste à la naissance d’un grand amour entre sa sœur aînée Cécilia et le jardinier du domaine, Robbie.
     Mais Brionny va commettre l'irréparable. Profitant d'un scandale familial sans lien aucun avec les amoureux elle va accuser
    injustement Robbie qui sera jeté en prison. Elle le fait comme nous aurions tous pu le
    faire à cet âge parce que la force de l’amour nous fait peur et parce que nous ne voulons pas quitter notre enfance, souhaitant plutôt y faire revenir les adultes.
    Elle veut garder son royaume et ses sujets : son ami le jardinier, sa mère indifférente et qui la laisse faire ce qu'elle veut, sa sœur jeune.
    Nous sommes en 1935 et le jardinier ne sera libéré qu'en 1939 à condition de s'engager dans le corps expéditionnaire Britannique en France.  
    Il ne reverra Cécilia que pendant quelques minutes, juste avant son départ.
     
     Quelques conventions.
     
    Avant de dire tout le bien que l'on pense de ce film, il faut remarquer qu'il satisfait comme l'ensemble de la production d'origine américaine à un certain nombre de conventions de prêt à penser qui sont autant de ridicules, légers mais un peu énervants.
    Parlons en tout de suite pour nous en débarrasser comme on ferait de la poussière sur un vieil ouvrage relié de cuir, avant d'en savourer la lecture.
    Tout d'abord le jardinier n'est pas un jardinier ordinaire, mais un étudiant en
    médecine. Il semble que ce serait déchoir d'être amoureuse d'un vrai jardinier.
    Reste du puritanisme qui lie la position sociale à la valeur morale ?
    Ensuite lorsque Robbie erre dans la campagne française, jeune sergent menant deux caporaux, l'un des deux gradés est un noir. Cela n'est pas gênant en soi, bien au contraire, mais c'est contraire à la vérité historique. Comme le disait mon professeur de physique ; sur un tout autre sujet lié si je m'en souviens bien aux chances de recevoir une météorite dans sa classe, ce qui nous aurait d'ailleurs bien arrangés : "c'est possible, mais c'est très, très peu probable". Effectivement je pense que la probabilité de trouver un caporal noir dans les fantassins du Royal Sussex  de 1940 était assez ténue.
    Enfin, et surtout, l'inévitable tableau d'une douzaine de petites filles d'un collège assassinées d'une balle dans la tête et qui évoque sans le dire la barbarie nazie, est tout à fait hors de propos car je ne sache pas -et aucun historien ne dira le contraire- que les troupes Allemandes victorieuses  aient commis ce genre d'acte en juin 1940 dans notre pays. On aimerait d'ailleurs pouvoir en dire autant des Américains en Irak.
     
    Les amants vont se retrouver.
     
    Mais ce film est un ravissement qui, malgré ces fautes de goût déjà oubliées, fait au contraire appel à nos plus nobles sentiments.
     
    À l’allure modérée de la campagne Anglaise nous vivons comme les deux amants l’émoi, l’énervement, le rejet, l’attirance, le désir, la tendresse et la douleur avec une telle intensité que l’on oublie notre rôle de spectateur et que nos larmes se mêlent à celles, bien pudiques, des deux jeunes gens.
    Depuis l’incroyable trahison de Brionny jusqu’au départ pour la France nous espérons qu’un miracle les, ou plutôt nous sauvera.
     
    Puis dans le feu et les orages d’acier de la débâcle, nous croyons follement que la blessure de Robbie - merci sublime acteur Ecossais, intense et réservé James McAvoy - n’est que bénigne. Et que, lorsqu’un des deux caporaux prend soin de lui comme une mère de son enfant - il le couvre d’une dérisoire toile de tente et lui donne à boire- et il lui dit « bonne nuit, camarade », nous nous prenons à prier pour que ce geste infiniment doux entre deux hommes de guerre attendrisse le Seigneur et évite à Robbie une fin misérable dans le béton de Dunkerque.
     
    Mais oui ! L’amour de Cécilia restée en Angleterre, la tendresse du soldat envers son chef, vont tout arranger. Les amants vont se retrouver. Et le terrible geste de la sœur n’aura presque aucune conséquence.
     
    Elle nous livre les clés.
     
    Ce n’est pas la crainte qui commande ici nos sentiments. C’est le besoin juste et somme toute raisonnable de remettre en ordre les choses d’ici bas, un instant perturbées par une enfant irresponsable - mais peut-on lui en vouloir- de les remettre dans cet ordre dont elles n’auraient jamais du sortir.
     
    Celui des belles prairies, du jardin Anglais si sage malgré sa folie apparente, de la salle à manger aux boiseries patinées par les siècles et des chambres mal chauffées, mais d’un luxe d'une discrétion inouïe, où des générations de futurs lords et ladies ont rêvé à d’impossibles amours.
     
    Vous devinez bien sûr que la fin va être différente, mais il serait déshonnête d’en parler.
    Et vous ne serez pas surpris d’apprendre que c’est Vanessa Redgrave qui incarne une Brionny âgée devenue romancière à succès. Brionny qui, en direct sur un plateau de télévision, nous livre les clés de ce que nous venons de voir.
    Non, pas exactement : elle nous livre les clés de ce que nous venons de vivre.
     
    Allez voir Reviens-moi. Vous en sortirez grandis, même après avoir pleuré comme des enfants.
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

     
     
     

     

  • Médium série TV

    Medium.


     
     
     
     


     
     
     La belle Patricia Arquette interprète Allison Dubois avec tant de brio que, même si au bout d'une demi-heure on ne sait plus distinguer le rêve de la réalité et que, pour parler franchement on est parfois un peu perdu, elle nous fait précisément rêver.
     
    Pourquoi ?
     
    Peut-être parce qu'avec son mari gentil et inexistant et ses trois filles dont les deux plus grandes ont des caractères  bien marqués on a l'impression d'être de plain pied avec des gens comme nous. Allison a des formes comme on les aime, belle poitrine, hanches généreuses qui nous changent des squelettes qui traversent habituellement nos écrans tels des fantômes en os sinon en chair. De plus elle est morale mais jamais moralisatrice et, si elle se prend parfois au jeu de la chasse aux méchants, on sent qu'elle le fait sans animosité mais pour conserver un ordre minimum qui permet à la vie de suivre son cours, aux ados de  se disputer et à sa rondelette avant-dernière de savourer ses cornflakes en ronchonnant.
     
    Le violence est réseervée aux méchants dans Médium et cela rassure car la violence au service de l'ordre nous gêne un peu. Or, dans des séries comme 24 heures chrono, la violence est légitimée et cela n'est pas admissible. Médium est plein de l'esprit des scénaristes Américains, généralement progressistes qui refusent la folie à la Bush. Quand on sait que Patricia est scientologue on se prend à penser que des gens qui ont pour têtes d'affiches Tom Cruise et elle sont peut-être plus intéressants que ceux qui font la promotion de  Bush ou même de Madame Clinton qui soutient la guerre en Irak.
     
    A ce propos, et ce sera la seule fois que nous en parlerons car ce sujet nous fait horreur, il semble que le gouvernement Américain ait légitimé le recours à la torture dans certaines circonstances. Une telle nouvelle nous glace et elle est de celles que l'on préfèrerait oublier.
     
    Alors plutôt que d'en parler directement je préfère parler d'un héros qui a osé prendre ce sujet de front.
    Il s'agit d'André Devigny, dont l'histoire est raconté dans le film de Robert Bresson "un condamné à mort s'est échappé" et dont voici le parcours résumé.
    "André Devigny est né le 25 mai 1916 en Haute-Savoie dans une famille d'agriculteurs et de militaires.
    Il entre à l'Ecole d'Officiers de Saint-Maixent et en sort, à la veille de la guerre avec le grade de sous-lieutenant.
    Officier de tirailleurs marocains il mène à la baïonnette une contre-attaque de sa section dans des conditions d'infériorité numérique et cette action lui vaut de recevoir la Légion d'Honneur à 23 ans..
    Grièvement blessé le 20 mai 1940 à Ham, il est évacué sur l'hôpital de Bordeaux ; il en sort en octobre et tente de gagner la Grande-Bretagne.
     
    Revenu en France en octobre 1942 …il parvient à créer un service de passages clandestins entre la France et la Suisse qui sera utilisé par toute la Résistance Française.
    Il est arrêté à la gare d'Annemasse le 17 avril 1943. Enfermé au Fort Montluc, à Lyon, il est torturé du 17 avril au 25 mai, mais garde un mutisme complet. Il tente une première évasion au cours d'un transfert mais, blessé à coup de revolver, est de nouveau capturé et assommé à plusieurs reprises. Il entreprend l'une des plus sensationnelles évasions de l'Histoire de l'Occupation. Il apprend sa condamnation à mort le 20 août 1943 et découvre à son retour du tribunal militaire qu'il a un compagnon de cellule, peut être chargé de le surveiller. Au bout de quelques jours, il décide finalement de s'évader avec lui.
    Le 25 août 1943, André Devigny parvient à sortir de sa cellule et à gagner le toit de sa prison grâce à une minutieuse préparation ; il étrangle une sentinelle dans une cour et franchit les deux murs d'enceinte à l'aide d'une corde à crochet fabriquée avec du matériel divers. Repris à Vaulx-en-Velin avec son compagnon, il s'échappe encore en sautant dans le Rhône, et reste pendant cinq heures dissimulé dans la vase. Hébergé et soigné pendant une dizaine de jours par un savoyard à Vaulx-en-Velin, il gagne ensuite la Suisse puis passe par l'Espagne où il est incarcéré deux mois.
    Promu lieutenant-colonel en 1957, il commande successivement trois secteurs en Algérie pendant sept ans (1955-1962) et est blessé au combat en 1959.
    Général de brigade en 1971, il se retire dans sa Haute-Savoie natale en octobre de la même année."
     
    Nous avons eu la chance de rencontrer le général Devigny, qui n'était pas un tendre -étrangler une sentinelle à mains nues suppose un détermination assez impressionnante me semble t'il- et ce héros était révolté par la torture. C'était pour lui "une erreur technique et une infamie".Une erreur technique car les renseignements ainsi obtenus avaient peu de valeur opérationnelle et étaient largement inférieurs à ceux acquis par les moyens traditionnels du renseignement; c'est à dire l'infiltration, les agents etc… et, de plus, créaient des haines qui, à force, pouvaient provoquer de véritables défaites, au début dans les cœurs, puis bien sûr sur le terrain. Il aimait à opposer les méthodes de l'Abwehr, le service de renseignement de l'armée Allemande qui, tenu d'une main de fer par l'amiral Canaris, n'avait jamais utilisé de telles méthodes à celles du SD, le service de renseignement d'Himmler, qui avait au contraire soulevé par ses excès les populations des pays occupés contribuant ainsi à la défaite de 1944.
    Il nous expliquait d'ailleurs que le chef de l'Abwehr de Loire-Atlantique était revenu chaque été, après la guerre, passer des vacances à côté de Nantes chez ses anciens adversaires qui le respectaient autant qu'il les avait respectés.
    Il pensait aussi que la torture était une infamie car elle corrompait aussi bien ceux qui la pratiquaient qu'elle humiliait ceux qui la subissaient.
    En sept ans de guerre révolutionnaire en Algérie il ne l'avait jamais admise si bien que loin d'être isolé dans la population il avait au contraire isolé les hommes du FLN, car la population algérienne avait confiance en lui et en ses troupes.
     
    Nous voilà loin de Madame Dubois ? Pas tellement. Elle nous montre elle aussi que le droit, s'il doit s'appuyer sur la force, doit refuser la violence et avoir recours plutôt à l'intuition et au courage.
    Elle témoigne du fait que la série Américaine quand elle s'appuie sur des scénarios avisés et sur des valeurs fondamentales -et non sur la mise en scène d'une violence des bons égale à celle des méchants- est devenue le parangon d'une morale naturelle saine et rassurante.
    Et qu'au fil des saisons on a envie de vieillir avec Allison et ses petites chipies.
     
      


  • No country

    No country for old men.





     
    En 1980 un règlement de comptes entre trafiquants de drogue Mexicains jette des Américains moyens dans une aventure qui les dépasse, et on les comprend, parce qu'elle bouleverse les règles du jeu dans ce coin du nouveau Mexique.
    Le titre du film qui est celui du livre n’a pas été traduit. Et on a bien fait. Car si l'on trouve parfois des tentatives de traduction dans certaines critiques, du style « ce pays n’est pas pour le vieil homme », cela ne nous convient pas du tout. C’est vrai que traduire de l‘anglais, langue elliptique par excellence vers le français, langue précise s’il en fût est toujours dificile. C’est Paul VI qui disait au philosophe Jean Guitton « lorsque je veux préciser ma pensée, je m’attache à la formuler ( mais pas à la traduire) en français. »
    « Tradutore, traditore » disent justement les Italiens - un traducteur est un traître selon eux. Alors pour trahir le moins possible l’esprit tout en sachant que je trahis et le vocabulaire et la syntaxe et notamment le temps du verbe- je propose « place aux jeunes ». Cela a l’avantage de rendre l’humour sous-jacent du film car il est vrai que si le vieil homme n’a guère d’influence sur les évènements, il a au moins la chance de survivre, ce qui dans cette production, est assez rare parce que ce sont les jeunes qui laissent de la place, beaucoup de place.
    Les frères Coen qui ont perdu leur H depuis toujours nous proposent avec ce film une drogue dure. A consommer avec plaisir mêlé d'un rien de modération, pour un certain nombre de raisons que nous allons détailler.
     
    Il y a d'abord deux Américains moyens mais remarquables. Ce sont le shériff (Tommy Lee Jones), à quelque temps de de la retraite qu’il prend d’ailleurs avant la fin du film et un chasseur, rude mais brave cœur ; ce qui va d’ailleurs lui coûter cher, comme son étonnante et constante maladresse. En fait il rate tout ce qu’il fait malgré les dons exceptionnels dont il dispose. On sent que ce type a toujours fait les mauvais choix depuis la maternelle, sauf et vous allez le voir, son mariage.
    C’est là le premier bémol car je trouve dommage qu’au cinéma les bons -ce garçon, comme le shériff est un homme bon- ne soient pas systématiquement récompensés.
    A propos du shériff il est vraiment fatigué et on se prend à penser que s’il haletait sur la piste du tueur au lieu de savourer son breakfast en lisant son journal les choses iraient quand même mieux. Sans vouloir un shériff excité comme un pile électrique - Duracell comme dit Madame Merkel en parlant de notre président- on aimerait bien qu’il réagisse un peu plus vite devant ce qui crève les yeux du spectateur et aussi les siens; arrive à son cerveau qui semble fort bien fait, mais se perd dans une sorte d’inhibition de l’action ou, je n’ose le croire, dans une prudence dictée par les joies supposées d’une retraite ses yeux perdus dans les superbes yeux bleus de son épouse vieillissante.
    Le deuxième bémol c’est que la fin n’est pas ce qu’elle devrait être. Mais je ne peux en dire plus car ce serait déloyal pour les futurs spectateurs.
     
    Parlons plutôt des délices de ce film que sont d’abord les personnages secondaires : le pompiste-épicier, l’éleveur de poules, la patronne du motel  j’en passe et beaucoup de meilleurs même s’ils n’apparaissent que quelques instants.
    Et surtout Clara Jane (Kelly McDonald), la femme du chasseur. Au début, on la découvre dans la caravane où ils vivent à la diable, négligée et désabusée puis, comme l'a dit l'interprète principal lors d'une interview, elle se révèle en fait être le joyau du film. Elle va être la plus courageuse de tous ces losers en refusant l’ultime et toute petite compromission morale qui pourrait éventuellement la sauver. Elle aurait pourtant tout à gagner en ne donnant presque rien -se prêter à un jeu d'enfant bien innocent, en apparence- mais elle refuse ce marché si alléchant.
    Elle donne ainsi une leçon à tous les personnages masculins du film. Jane est comme Jeanne d’Arc qui pouvait se sauver en se reniant. Mais elles ne le font pas.
    Au fait nous venons de parler de losers. Ne vous méprenez pas si nous reprenons là une expression Américaine commune des années 80 et dont même les Américains sont revenus : on sait bien qu'il n'y a pas de losers, de perdants prédestinés. Mais je l'emploie parce que dans ce film les frères Coen dépeignent, avec délicatesse et affection, des gens que l'on qualifie souvent ainsi. Cela ne veut pas dire qu'eux ou nous ayons le moindre mépris pour ces personnages. Au contraire. Malmenés par la vie, ils méritent, plus que d'autres notre respect et notre amour car ils sont un peu du Christ sur la terre. Comme l'écrivait Brasillach à la dernière ligne d'un livre où il dépeignait de petites gens dans de petites histoires, mais dont il faisait des héros de tendresse et de naïveté : "il n'y a pas d'êtres ordinaires".
     
    D'autres délices aussi par le rejet des conventions gnan-gnan du cinéma américain actuel (voir notre critique de « reviens-moi »). Par exemple le shériff, brave homme pourtant ni xénophobe ni intolérant ignore complétement la langue de bois du politiquement correct : il répond à son jeune adjoint qui s’étonne que les chacals n’aient pas mangé les cadavres - je ne dirais pas quels cadavres car il y en a beaucoup et je m’y perds - « peut-être qu’ils ne veulent pas des Mexicains ». En fait ces derniers sont tout au long de l’histoire dépeints comme des truands, ou, s’ils sont douaniers ou simplement badauds, comme des abrutis gras et avachis à souhait.
    Et enfin délice d'Apocalypse, le personnage le  plus important : Anton le méchant (très, très méchant). Anton est presque machinal. On se demande parfois s’il n’est pas un homme-machine, un robot - comme lorsqu’il recoud ses propres blessures dans une séance d’auto-chirurgie qui ne semble pas le faire souffrir- mais il a ceci d’humain qu’il dépasse en permanence les limites de la cruauté et manie le supplice moral avec une aisance précisément satanique…
    C’est à dire que c’est un ange. Mais un ange diabolique, Lucifer. Il faut savoir que pour certains le Diable n’est pas comme on le croit souvent un ange déchu mais plutôt un ange déçu. Un être divin déçu par Dieu. Car Dieu a établi une passerelle entre l’humain et le divin, a permis aux hommes d’accéder au paradis, notamment grâce aux prophètes, certes après des souffrances toutes terrestres, mais d’y accéder quand même. Cela Satan ne peut l’admettre car son amour pour Dieu est exclusif. Ange qui se veut parfait il veut aussi Dieu pour lui tout seul.
    Il s’attache donc à favoriser le mal sur terre pour interdire aux humains d’emprunter cette passerelle voulue par Dieu et les obliger à rester pour l’éternité éloignés du divin.
    Javier bardem (Anton) est un diable tout à fait plausible  et ses succès sont moins choquants si on lui reconnaît des qualités à proprement parler extra-terrestres.
     
    Finalement si Anton est un diable ce film a une certaine morale. Les hommes créent le mal par l’appât du gain. Les sages -les vieux hommes- ne savent plus agir, les jeunes s’y prennent mal, le Diable est omniprésent.
    Et les femmes essaient de sauver le monde même si elles n’y arrivent pas à chaque fois.

  • La fiancée Syrienne

    LA FIANCÉE SYRIENNE.

     



    L'autre soir sur Arte la fiancée syrienne nous a donné l'impression de nous montrer des personnages, des lieux et des situations déjà connus.
    Vérification faite seule l'actrice principale avait déjà joué dans un film diffusé en France, satin rouge.
    Mais comme la fiancée est un drame son visage paraît plus marqué, plus ardent même si son corps laisse deviner la même douceur que lorsqu'elle incarnait la maman d'une adolescente sentant sa fille s'éloigner d'elle : douleur prévisible alors, acceptable, douleur de toutes les mères un jour ou l'autre.
    Ici la douleur est différente. C'est d'abord celle d'une femme dont la sœur se marie et part pour toujours car elle va se marier en Syrie libre et que, venant de la Syrie occupée par Israël (le Golan), elle ne pourra plus y revenir.
    C'est aussi la souffrance de celle qui étouffe dans un Golan entouré de barbelés et qui trouve un souffle d'air en allant reprendre des études. Mais en Israël, précisément, à Haïfa. Bien sûr son mari et sans doute bientôt toute sa famille considèrent que c'est une trahison mais peut-on reprocher à un être qui meurt d'asphyxie de profiter d'un filet d'air à travers la seule ouverture qui reste ?
    Ne nous méprenons pas, les personnages principaux ne sont pas des palestiniens, car le Golan n'est pas en Palestine mais en Syrie. Ce sont des Druzes. Les Druzes habitent un territoire qui se situe dans la  grande Syrie historique (Syrie et Liban actuel). Pour des raisons de protection stratégique Israël a occupé le Golan, peuplé de Druzes, après la guerre des six jours en 1967.
     
    J'ai un peu connu les Druzes à travers à un officier de l'armée libanaise.
    Un des rares spécimens d'hommes à la fois sérieux et gais. Bien qu'il ne fût pas chrétien, j'ai parfois rencontré le même type chez des religieuses :  gaieté, douceur et compréhension appuyées sur des principes très fermes et une inébranlable résolution.
    Il m'avait expliqué qu'ils étaient des musulmans d'un genre très particulier qui  ne faisaient jamais de prosélytisme contrairement à la plupart des musulmans et des chrétiens.
     
    Le mariage Druze se prépare.
    Un des frères qui habite en Europe et a épousé une jeune médecin russe revient pour l'occasion. Son père l'ignore, ne veut pas lui parler. Nous ne saurons pas pourquoi. Son départ a t'il été considéré comme un trahison ? Son mariage a t'il déplu ? Je veux croire que c'est le départ que son père lui reproche. Les Druzes sont trop nobles pour la xénophobie.
    Le père participe à une manifestation qui promène des portraits du nouveau président syrien, le fils d'Hafez El Assad ; "le fils du lion est aussi fort que le lion" dit le père de la fiancée.
    Puis après le repas qui se déroule sans le marié qui est en Syrie et ne peut entrer, la famille et les amis accompagnent la fiancée à la frontière.
    Je n'ai pas envie de parler des tracasseries policières et administratives : vous en savez autant que moi. Le policier israëlien qui exerce son pouvoir avec un rien de sadisme moral pourrait être de n'importe quelle nationalité. De même que le factionnaire syrien géné par un cachet malencontreux et que vous avez déjà rencontré derrière un guichet ici même.
    Alors les deux moitiés du mariage s'observent, se parlent par porte-voix, à près de 200 mètres de distance. La fiancée s'assied sur une chaise qu'un jeune soldat israëlien lui a apporté. Et elle attend. Une française de la Croix Rouge fait l'aller-retour entre les deux postes frontière et, essaie, assez maladroitement à mon avis, de trouver une solution. Elle échoue, bien sûr. Et, soudain abandonnée quelques instants par sa famille, la fiancée se lève et traverse, seule,  la zone frontière, marchant vers la Syrie et son fiancé.
     
    Voilà un extraordinaire film ordinaire. C'est d'ailleurs sans doute son côté ordinaire qui nous donne cette impression de tout connaître, d'être près d'embrasser les acteurs, de nous sentir chez nous.
    Peut-être aussi parce que tous les jours les moyens d'information nous montrent un monde où l'injustice, l'occupation, l'absurdité - et les situations de ce film ne manquent pas d'absurdité, ni de son corollaire la dérision, ce qui nous permet de nous soulager en riant – sont devenus la norme pour cette partie du Proche Orient.
    Et peut-être sentons nous qu'elles pourraient bientôt nous atteindre.
    Mais surtout parce que c'est une histoire de femmes et que seules les femmes savent ou sentent ce qu'il faut faire à un moment donné, quand plus rien ne paraît possible. Et qu'elles savent faire surgir l'extraordinaire dans l'ordinaire.
     
    Sur le thème de l'occupation, dont nous parlerons, et sur les femmes, la fiancée syrienne nous ramène à la noblesse essentielle du cinéma qui est de nous faire vivre, dans notre cœur et comme si c'était la nôtre, la vie des autres.



     
     
     
     

  • Jules et Jim

    JULES ET JIM.



    Il y a exactement quarante-six ans jour pour jour, Jules et Jim sortait en salle à Paris.
    Cette époque est lointaine mais le film lui-même est à une telle distance de ce que nous voyons aujourd'hui qu'on s'étonne d'y retrouver une atmosphère familière, un air connu. On y respire avec délice le parfum entêtant d'une alchimie compliquée et
     
     
     
    instable que l'on se sait pas définir et qui est inoubliable.
     
    Bien sûr nous sommes maintenant conditionnés par ce que j'appelle des films-mécanique ou tout est calculé à la seconde près pour nous intéresser, nous faire peur, nous révolter puis enfin nous rassurer.
     
     
    Cette technique est issue du marketing. Conçue, expérimentée et portée à la perfection aux Etats-Unis elle a pour but d'obtenir un produit qui marque notre sensibilité pour trois à quatre semaines. Le temps pour les critiques de faire venir les premiers spectateurs et pour ceux-ci, encore sous le coup de l'émotion, de convaincre leurs amis et leurs relations d'y aller aussi, tant que le film reste à l'affiche. Après on l'oublie. Mais quelle importance si l'opération est rentable ?
     
    Jules et Jim n'est pas un film-mécanique. C'est une histoire un peu exaspérante, parfois longue et ennuyeuse et l'heure trois-quarts ne passe pas très vite.
    L'intrigue est pauvre, les décors ridicules et les dialogues irritants.
    J'ai reconnu après quarante-six ans les mêmes moments d'ennui et il m'est arrivé, comme à seize ans, de ricaner un peu. Surtout lorsque Jeanne Moreau, que l'on connaît si différente, adopte un diction digne de BB dans Et Dieu créa la femme.

    Jules et Jim déroule l'histoire d'une amitié, de 1908 à 1919 et de Paris au pays Rhénan.
    Deux garçons, un peu artistes, très peu bohèmes, pas mal esthètes, s'intéressent à la même femme, Catherine (Jeanne Moreau). Jules est Allemand et Parisien et Jim est Parisien.
    C'est Jules qui finit par épouser Catherine, pour son malheur ;  et par avoir une petite fille avec elle, pour le malheur de celle-ci aussi.
    Catherine est une femme toujours insatisfaite qui ne s'accomplit qu'à travers la souffrance qu'elle inflige aux hommes. Indifférente envers sa petite fille, elle consacre son énergie qui est grande à rendre la vie impossible à son mari.  
    Elle fera en sorte que Jim, indifférent au début, finisse par se laisser séduire et devienne son amant. Un amant qu'elle entrainera dans une mort tragique, le sourire aux lèvres.
     
     
    Jules, disons le tout de suite, est un Allemand typique. Bon à l'excès, libéral à l'extrême mais capable de la plus grande indifférence lorsque Catherine le provoque ou finit par se noyer vraiment, avec Jim d'ailleurs.  
     
    Il est vrai qu'il aura du faire preuve aussi de la plus grande indulgence pendant toutes ces années et qu'il est difficile d'envisager une telle retenue sans une froideur cachée au moins aussi intense.
    Et l'on finit par se demander si ce n'est pas cette même indulgence qui a encouragé Catherine à se conduire ainsi : Jules a toujours repris la vie commune avec Catherine malgré tous ses amants et c'est sans doute pourquoi elle va aller encore un peu plus loin en choisissant son meilleur ami.
    Mais là encore Jules ne réagira pas comme elle l'attend. Alors elle se  tuera et tuera Jim, seule façon de les séparer.
     
    Vous avez bien sûr compris que le charme de ce film est ailleurs que dans son scénario.Celui-ci ne sert qu'à donner à l'ensemble une sorte de légereté, propre à mettre en relief l'essentiel. Ces scènes banales, cette histoire médiocre et triste guident le spectateur vers ce lien qui résiste à tout, même au génie maléfique d'une femme déséquilibrée, même à la guerre : ce dont j'avais peur dit Jules, c'est de tuer Jim.

    Cette banale suite de tableaux est un chef d'œuvre : celui de l'amitié.


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