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Notre vie

  • JESUS SERAIT UN MYTHE ?

     

    Nous venons de lire dans le Daily mail qu’un chercheur, Michael Paulkovich, affirme que Jésus n’a jamais existé. Pourquoi ? Parce qu'il a recensé 126 écrivains contemporains du Christ qui ne mentionnent pas son existence.

     

    http://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-2776194/Jesus-never-existed-Writer-finds-no-mention-Christ-126-historical-texts-says-mythical-character.html

     

    C’est vraiment affligeant d’en arriver là car dans ces conditions beaucoup d'hommes n'ont jamais existé : il y a sûrement plus de 126 écrivains qui n'ont pas mentionné - par exemple - Christophe Colomb de son vivant... 

     

    D’autres écrivains comme Jean El Mouhoub Amrouche, écrivain d’origine Kabyle, croient au contraire que Jésus a existé et qu’il souffre toujours.


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    Jean Amrouche - à gauche - jouant aux échecs avec André Gide, qu'il battait régulièrement, sauf lorsqu'il le laissait gagner....

     

    Qui a raison ? Nous vous laissons seuls juges mais nous avons statué quant à nous, préférant l’émotion et la beauté au goût de la renommée facile.

     

    Voici ce qu’écrit Jean Amrouche :

     

    «  Le Christ n’a pas souffert dans le passé, il souffre aujourd’hui. La couronne d’épines blesse son front à l’instant même ou j’écris, son sang coule, et l’Esclave divin pèse de tout son poids d’os et de chair aux bois de la croix. Et cette croix est plantée en tous les lieux du monde. Obliquement dressée, ici, là-bas, partout, il faut que les hommes et surtout les Chrétiens soient aveugles pour ne pas la voir. »

     Oui, cette croix est plantée dans tous les lieux du monde, mais surtout dans nos cœurs quand nous faisons souffrir les autres.

    Arriverons nous un jour à ne plus Le faire souffrir ? Il suffit d’aimer, c’est simple mais si difficile...


    Laurent LANTONI

  • KERVIEL, KERVIEL, PAUVRE KERVIEL...

    Lorsque nous avons su tes mésaventures, nous nous sommes indignés contre la lâcheté de la Société Générale – quel nom Orwellien quand on y pense ! –qui faisait peser sur toi ses propres responsabilités. Avec un Directeur nommé Bouton qui avait d’ailleurs prestement appuyé sur celui d’ouverture du parapluie et qui suintait la peur, on a pensé que tout se liguait contre toi, pauvre victime, presque innocente au fond.

     

    De plus tu es Breton et nous avons toujours eu, comme la plupart des Français, une tendresse particulière pour cette race originale et énergique, insolite et obstinée, ouverte et honnête ; précisément.

     

    Ne revenons pas sur la suite. Il suffit de dire que le choix de ton avocat nous a surpris car il est visiblement du genre à mener des combats pour lui-même plus que pour ses clients. Mais, bon, c’est bien courant dans ce métier et on vu pire avec Collard ou Vergès. Et quelques années après la petite Banon n’a pas fait mieux que toi et beaucoup moins bien que Nafissatou. Nous nous disions quand même que tu manquais singulièrement de clairvoyance : gênant dans ta profession... Avec cette aide nous savions dès le début que tu perdrais ton procès, ce qui n’a pas manqué.

     

    Donc toujours grande pitié qui tournait à la révolte au su des sommes réclamées par ton employeur et accordées en première instance. Et puis ta seule action intelligente depuis le drame, cette visite à Sa Sainteté le Pape, le miracle financier qui s’en est suivi – un miracle de cinq milliards d’euros, quand même ! - ta marche, ta valse hésitation à Menton qui nous laissait une impression de malaise (pourquoi ne pas rester en Italie ? C’est chouette l’Italie, le vin blanc pétillant ne fait jamais mal et les filles semblent souvent prêtes à faire du bien), l’incarcération qui s’en est logiquement suivie et enfin ta libération que tu as mis brillamment mise à profit pour...

    Pour aller à l'Eglise remercier Dieu du miracle des cinq milliards ?

    Pour passer quelque temps dans ta famille ?

    Pour aller soutenir Bruno Boulefkhad qui - chaleur extrême ou froid de loup - a protesté depuis si longtemps devant ta banque préférée ?


     

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    parismatch.com

     

    Mais non, mais non, pas du tout, du tout... seulement pour aller te faire embrasser en public par Mélanchon !

    Alors là, bravo ! Un grand bravo ! Notre intérêt pour toi s’en est allé d’un coup. Car si on reconnait à cet homme de grandes qualités d’acteur semi comique on lui accorde encore moins de confiance qu’à ton avocat. Un type qui n’a jamais rien produit avec ses dix doigts. Et a toujours vécu de l’argent des contribuables. Et donne sans cesse des leçons à tout le monde !  S’acoquiner avec lui démontre que l’on est soi-même heureux avec les coquins. Et très bête aussi, parce que pour ne pas comprendre ce que t’as dit le Pape et surtout ce qu’il a fait pour toi, c’est être vraiment bouché.

     

    A ce moment là, Kerviel, on comprend qu’au fond tu mérites ton sort. Vis ta vie maintenant avec les amis que tu as choisis ! Tu ne nous intéresses plus car tu te mets toujours en de mauvaises mains. Ils veulent se servir de toi et tu es déjà moins libre qu’il y a un mois : tu ne changeras donc jamais ?

     

    Kerviel, Kerviel, pauvre Kerviel, on dit pourtant par chez toi que les saouls dessoûleront mais que les fous ne défolleront pas.

  • MA FRANCE NE MOURRA JAMAIS

     

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    Rives et ouvrages d’art du canal de Bourgogne rendus indescriptibles à force d’équilibre et de légèreté. Et si longtemps caressés par les regards des jeunes couples en promenade qu’ils reflètent encore des silhouettes enlacées, intimement mêlées à ses ondes depuis la fin du XVIIIème siècle.  

           C’est cette légèreté parfois reprochée aux Français qui signe les oeuvres de notre Patrie. Elle suppose, au delà de l’intelligence appliquée aux choses utiles et au dessus de la maîtrise de la matière, le don de la grâce et celui de la mesure.  

          On trouve, de par l’Europe, des milliers d’ouvrages presque aussi admirables. Il ne leur manque que cette légèreté française si en harmonie avec l’air doux comme on dirait d’une caresse, sous le ciel de fin d’été teint du regard de la Vierge Marie.

           Et je me dis que la France est le pays qui a su organiser le bonheur. Ou plutôt qui s’est organisé  pour laisser  toutes ses chances au bonheur. Comme des parents tentent d'ouvrir tous les avenirs à leurs enfants : en leur montrant des rêves possibles, en les préservant des dangers, en les rassurant sur leurs dons, en leur donnant l’amour qui est la source de toute force. Avec plus ou moins de succès mais par une inaltérable volonté.

           C’est le jeu des relations entre les Français, subtilement arbitré par un savoir-vivre de vingt siècles qui, malgré la grossièreté du temps, subsiste encore  par le courage quotidien et la volonté de nos familles.

           C’est ce que MM. Sarkozy et Hollande qui ne sont que des chefs d’Etat de rencontre s'acharnent à détruire... Mais c’est aussi tout qui se renforce et renaît avec d’ailleurs, souvent, de nouveaux arrivants.

            Ainsi, en contemplant ces eaux sages, je sais bien que ma France ne mourra jamais.


    Laurent LANTONI

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  • Tunisia : just fun

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  • Humour : être Arabe aux USA

    C'est un vieil Arabe de Palestine qui a émigré aux USA en 1948.

    Il a enseigné les maths à l'université du Wisconsin puis a pris sa retraite à la campagne où il habite une maison avec un petit champ au bout de son jardin.
    Un soir il téléphone à son petit-fils qui fait ses études à la Sorbonne : "j'ai envie, sur mes vieux jours, de faire un potager au fond de mon jardin. Lorsque tu viendras en vacances, toi qui es fort, tu pourras m'aider à labourer. J'aurais préféré le faire moi-même mais je n'ai hélas pas la force de labourer tout le champ. Toutefois je vais peut-être essayer quand même de commencer".

    Trois heures après, en pleine nuit, le petit-fils rappelle son grand-père d'un cabine : "grand-père chéri, ne creuse surtout pas. Lorsque je suis venu avec mes amis l'été dernier, j'ai enterré LA CHOSE dans le champ. Ne touche surtout à rien ".

    A six heures du matin une nuée de véhicules de police entoure la maison du vieil homme. Police, FBI et CIA sont là. Ils creusent le jardin mais ne trouvent rien et repartent, bien déçus, laissant le professeur éberlué et son champ entièrement retourné.

    Quelques jours après le professeur reçoit une lettre de Paris : "mon grand-père bien-aimé, j'espère que tout s'est bien passé. Je ne peux venir maintenant et j'ai fait tout ce que je pouvais faire pour toi dans l'immédiat ".

    source : yalibnan.com

  • A Tunis

    À l’entrée de l'exposition un professeur de l’école des beaux-arts écrit les noms des visiteurs en calligraphie Arabe. Il est si habile, si précis que nous nous arrêtons. Bientôt nous lui demandons d’inscrire les prénoms de toute la famille. Très vite d’autres s’arrêtent et une petite foule le regarde, sans un mot, fascinée.

    Ce silence absolu est rare car si les gens sont discrets –seules les Françaises en visite sont bruyantes, jugent, critiquent- ils sont gais, plaisantent et rient facilement, mais le talent demande du silence.
    A l’intérieur des trois halles de cette exposition artisanale -car ici on respecte le Français et l’on n'écrit pas « hall » mais « halle »- les femmes ne sont pas majoritaires, elles sont omniprésentes. Très peu d’hommes dans les stands et dans les allées. Toutes les femmes d’un petit pays si divers semblent réunies. Depuis celles de la campagne en tenue traditionnelle à l’ingénieure qui réalise des chefs d’œuvres « pour se détendre le soir et le week-end ».

    A midi, au self-service, je m’assieds seul à une table pour manger deux rougets . Un papa et sa petite fille s’approchent et le père me demande s’il peut s’asseoir. J’en suis heureux car je n’aime pas être seul et il y a beaucoup de tables libres, les visiteurs et les exposants ne déjeunant que beaucoup plus tard. Ils ont un seul plateau avec une salade et un poulet frites. Je pense qu’ils vont le partager mais ils ne le font pas. C’est la petite fille qui le grignote –il y a beaucoup trop à manger pour elle- et le père la regarde, extasié, comme on le ferait d’un miracle sans cesse renouvelé. Et c’est vrai que pour un père chacune de ses filles est un miracle, un chef d’œuvre et un mystère.
    Ils sont tous les deux minces et graves. J’apprends que la petite a six ans. Les cheveux noirs, les yeux d'un brun profond, elle mange de petits morceaux de poulet avec ses mains et je dis à son père qu’elle est jolie. Il me remercie mais ce n’était pas un compliment, seulement une remarque spontanée provoquée par son charme. Elle a la grâce de l’enfance, les gestes souples de son père, les traits fins de son ethnie, le visage sérieux et gai du peuple Tunisien.

    L’après-midi, je rends visite à un grand industriel, les plus ancien de sa profession en Tunisie. Dans le hall de ce qui est devenu une institution après plus d’un siècle d’efforts, une jeune employée en blouse bleue respire, sans oser l'utiliser, un vaporisateur que j’avais apporté : je lui dis qu’elle peut s'en servir. Elle est ravie et me remercie avec grâce, la grâce des simples à qui la vie offre chaque jour quelques instants de bonheur.

    Le Christ a dit « heureux les simples car ils verront Dieu » et j’avais mal interprété cette phrase pensant qu’Il parlait du paradis à venir. Aujourd’hui le sens caché m’apparaît, c’est : « ils verront Dieu toute leur vie ».

    Ce matin le chant des oiseaux me réveille un peu avant six heures. Je pense au beau texte de M. Ramadan (en intégralité sur ce blog le 11 mars 2008) : « voici le chant des oiseaux. Où donc résonne le chant des hommes ? »
    Dieu, infiniment bon, fait aussi rayonner le visage des Tunisiennes.

  • Vols Marseille Tunis et Tunis Marseille

     

    À l’aller ce sont des femmes Arabes d’âge mûr qui se chargent de l’animation.

    Décolorées en blond, parées en bruyantes messagères d’un Occident qui a le devoir de faire rêver ceux qui vivent encore au pays, elles accaparent le plus clair du temps des employés de l’aéroport.

    Munies d’énormes bagages à main qu’elles savent inacceptables en cabine, elles vont d’abord chercher la cousine ou le cousin qui acceptera d’en prendre une partie : « Nour, tu peux prendre ça, ils ne veulent pas me laisser monter ». Nour considère l’énorme sac en plastique armé traîné par la tante Fatima, embrasse sa parente et s’enfuit sans répondre, terrorisée, vers la porte d’embarquement.

    Elle ne saura jamais comment Fatima  a fait son compte mais le fait est là : à l’arrivée à Carthage l’énorme sac en plastique si joliment coloré en bleu, blanc et rouge suit fidèlement la tante bien-aimée.

     

    Si l’aéroport frais et de marbre revêtu joue le jeu des apparences mondialisées la file d’attente à la police -qui a pourtant ouvert plus de dix postes d’accueil contre au maximum quatre en France- laisse deviner la suite. Vous arrivez dans un lieu où le temps n’a pas la même valeur, s’il en a une. Pour arriver à une résultat similaire les fonctionnaires ont des stratégies différentes selon les pays. Ainsi le fonctionnaire Français fait son travail le plus vite possible pour en être débarrassé et se reposer tandis que le fonctionnaire Tunisien fait le sien le plus lentement possible pour ne pas se fatiguer.

    Suggestions et pistes de progrès : réserver des postes d’entrée aux voyageurs munis de passeports Tunisiens et  apprendre aux policiers à sourire, ne sont-ils pas notre premier contact avec la « Tunisie amie » ?

    Au retour les femmes Arabes d’âge mûr se chargent derechef de l’animation.

    Je suis contre le hublot. À ma droite un jeune marié bronzé par le soleil du printemps d’Hammamet. À sa droite à lui, contre l’allée, une jeune femme toute aussi bronzée. Ils sont heureux de leurs vacances, amoureux et taquins.

    Derrière nous une dame d’une cinquantaine d’années. Si ce n’est Fatima, c’est donc sa sœur. Elle a rempli les casiers qui nous surplombent de bagages variés répandant une délicieuse odeur d’harissa maison. Non, la vraie, pas celle en boîte, celle qu’on fait à la maison avec nos tantes. On n’imagine pas le rôle des tantes dans la société Tunisienne. Ces êtres primesautiers sont toujours porteurs de bonnes nouvelles, un peu frondeurs par l’intermédiaire de leurs cousins et cousines à qui elles communiquent un esprit de rébellion de bon aloi. Ces tantes sont de surcroît généralement bonnes cuisinières et indulgentes. À l’occasion d’un mauvais bulletin, elles expliquent à Farid qu’il ne faut pas en vouloir aux parents qui s’énervent et que tout cela s’arrangera au trimestre suivant. À Nora qui sanglote parce que son amoureux ne veut plus lui parler elles font comprendre qu’à seize ans au mois d’août, dans trois mois à peine, elle aura oublié ce freluquet en dansant dans les mariages des autres cousins et cousines.

    Tout d’un coup la jeune mariée s’adresse à son tendre époux : « idiot, arrête de me pincer l’oreille ». Plongé dans la lecture des Tuniques bleues, il atterrit avant l’heure, s’ébroue –au figuré, car il n’y a pas de place- et répond « mais chérie, je n’ai pas bougé » « très drôle… ». Deux minutes s’écoulent : « arrête tu me fais mal » « mais je n’ai rien fait ! ». Alors les deux amoureux relèvent la tête et un même cri d’horreur et de surprise fait se lever tous les visages de la cabine.

    C’est la superbe langouste ramenée par Fatima II à ses cousins de Grenoble qui étend majestueusement une patte poilue terminée par une pince qui frôle l’oreille droite de la jeune femme.

     

    Le calme revenu et la langouste sagement repliée, nous atterrissons. L’attente est beaucoup plus brève. Mais pas plus ludique. Une dame Noire, qui a dû pour quelque obscure raison transiter par Tunis, n’est apparemment pas la bienvenue aux pays des droits de l’homme blanc. À noter que plus le teint est sombre plus les fonctionnaires de la police de l’air et des frontières s’assombrissent aussi et haussent le ton. Peut-être pensent-ils que les noirs entendent moins bien que les blancs ?

    Suggestion et piste de progrès : apprendre aux policiers à sourire, ne sont-ils pas notre premier contact avec la «  la France , terre d’asile» ?

    Après ce moment désagréable, la détente.

    Délicatement maniés par de scrupuleux bagagistes Marseillais les valises et les sacs s’écrasent sur les tapis. Faux Vuitton et vrais Lancel subissent le même sort que le grand sac bleu blanc rouge de Fatima II qui rebondit sur le tapis et heurte les carreaux de la salle. Alors, comme au ralenti, la fermeture éclair se déchire et douze bouteilles d’huile d’olive de Tunisie explosent. Et, ainsi que les douze apôtres pour la parole de Dieu, elles font jaillir une pluie dorée qui inonde les plus proches passagers sans distinction de passeport.

     

    C’est sous les insultes ou les vivats – selon que l’on n’a été ou non atteint par le précieux liquide- que Fatima II quitte la salle et, après un inoubliable « ça peut arriver à tout le monde, non ? » passe devant les douaniers stupéfaits, suivie d’une traîne dorée où glissent les imprudents qui lui ont emboîté le pas.

    Et elle apparaît dans l’aérogare, toute illuminée d’or, dans le halo de sainteté qui sied aux tantes de bonne volonté.

  • Les taxis de Tunisie.



    Une Française à son mari devant l’aéroport de Tunis en voyant défiler les Clio, Corsa et autres Polo repeintes d’un jaune déjà-vu à New York : « tu crois qu’ils sont aux normes ? »

     

     

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    Taxis à l'aéroport, photo du site www.fredak.com/tunisie/tunisie2003

     

    Sincèrement, Madame, je n'en suis pas sûr, surtout aux vôtres d'ailleurs, et j’en suis ravi. Comme je suis ravi en arrivant ici de retrouver l’omniprésente poussière et de ne pas boucler ma ceinture de sécurité.
    Cela dit de quelles normes parlait cette honorable dame ? Parce que question normes, notre civilisation en produit tellement et en permanence qu’au fond il existe peut-être une norme dans laquelle les taxis Tunisiens pourraient se faufiler comme ils le font dans les embouteillages avenue Bourguiba.

    Je rêve d’une norme stipulant les obligations ci-dessous.

    La nouvelle norme T.T ISO 19999 TN

    1-Présentation :
    couleur jaune appliquée à l’extérieur uniquement, retouches artistiquement faites au pinceau,
    couverture en velours synthétique sur le tableau de bord.

    2-Équipement intérieur :
    décoration générale respectant l'esprit de celle du tableau de bord,
    éclairage constitué par des ampoules de phare aléatoirement branchées sur le circuit électrique avec interdiction absolue de réaliser le même montage d’un véhicule à l’autre,
    nettoyage intérieur interdit,
    radio de récupération mono station ne diffusant que de la musique Arabe, volume bloqué à fond pour profiter au mieux de la distorsion,
    une porte arrière bloquée sur les deux.

    3-Comportement du chauffeur :
    gentillesse, bonne volonté et patience,
    formation à la discussion sur le thème du cousin qui habite Paris. Rue di la Glazire, tu connais pas, Madame ?


    En bref, norme ou pas norme, lorsque l’on s’assied dans le taxi on a vraiment changé de continent et ça fait vraiment beaucoup, beaucoup de bien.
    Oubliés le SriLankais bougon, l’asiatique muet ou le beauf à la Cabu en C6 qui font le bonheur des clients transis des aéroports de Paris (ADP). Encore que depuis quelque temps certains taxis jaunes de Tunisie s’essaient à leur ressembler au point de demander leur route aux passagers eux-mêmes -bien en peine de répondre- ou de ne pas engager leur voiture dans une rue trop boueuse à leur goût. Mais ne soyons pas pessimistes, nos impérissables valeurs d’esprit chagrin et de dédain du client n'ont pas encore franchi la Méditerranée.

    En France en effet les taxis de ville, dûment normalisés, pratiquent rarement la convivialité. Cette qualité n’est justement plus aux normes. On la considère comme une perte de temps.
     


     

  • Le chien de ma cousine (1/2).

    Le chien de ma cousine : première partie. La deuxième partie samedi prochain.
     
     
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    C’est un cavalier King Charles blanc et roux, au poil soyeux qui vous regarde en penchant la tête sur le côté et en remuant doucement une queue qui prend pour l’occasion une position parfaitement horizontale alors qu’elle est plutôt basse d’habitude.
    Animal très paisible qui recherche les coussins mais dédaigne les lits -c’est un peu haut- il a une caractéristique très particulière que je ne peux encore dévoiler, mais…attendez la suite.

    Ce joli animal est un chien ordinaire, c’est-à-dire que ses centres d’intérêt sont strictement limités au nombre de deux. Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il a comme beaucoup de chiens très bon cœur et sa vie c’est son foyer c’est-à-dire ma cousine, son mari, ses trois filles et le chat qu’il aime tendrement. À me relire c’est plutôt ma cousine, son mari, ses trois filles qu’il aime tendrement et le chat.


    C’est donc bien un chien ordinaire dont les deux centres d’intérêt sont - nos lecteurs heureux propriétaires le savent- la nourriture et le bout de son zizi, seule partie de lui-même qu’il entretient toutes les heures à grands coups de langue, négligeant complètement le reste qui est l’affaire des trois filles, une qui lave, une qui démêle, une qui sèche -pas terrible le séchoir- et trois qui coiffent - c’est horrible ce souci de l'esthétique qu'ont les filles ! Je suis très beau avec mes poils sales et emmêlés !
    Cet entretien exclusif et permanent de son zizi est pourtant sans objet ce qui confirme que le temps consacré par les créatures de Dieu à se préparer à des choses improbables est bien plus important que celui qu’elles accordent à celles qui se produisent souvent et régulièrement.


    Oui ce léchage permanent est sans objet car les chiennes, éventuelles sujettes de son désir, sont étroitement surveillées par des maîtresses de 40 à 60 ans, minces -blondes ou devenues telles- barbourisées et hermésisées, connes à mourir et sans sourire.

    Notre quartier recèle un nombre incalculable de ces mégères de bon ton qui ont généralement épousé des officiers de marine, des hauts fonctionnaires ou quelques rares industriels.
    C’est un bien curieux phénomène que l’on n’observe même pas dans le XVI° à Paris, qui est beaucoup plus mélangé.

    Ici -chut !-il n'y a pas d'étrangers... 

    Inutile de vous dire qu’elles surveillent les arrières de leur canichette préférée avec l’attention qu’un guérillero des FARC qui va faire ses courses à l’hyper de Bogota porte à ne pas être suivi en revenant au camp avec sa Playstation. Le chien de ma cousine n'a donc aucune chance d'utiliser un jour cette partie de son anatomie qu'il soigne tant.

    Mais ce chien ordinaire a quelque chose d’extraordinaire. Oh, je vous vois venir : intelligence, affection etc. Pas du tout.
    C’est pourtant ce que l’on pourrait imaginer car tous les maîtres vous le diront, leur chien est exceptionnel.

    Par exemple, moi qui vous parle (le cousin de ma cousine) j’ai eu deux chiens à 18 ans d’intervalle. Le premier, un berger Allemand, était normalement intelligent -sans plus- mais était abominablement télépathe. Il savait nettement ce que je pensais et, chose curieuse, étendait ce pouvoir à ceux qui étaient proches de moi : il lisait dans leurs pensées, sans les regarder alors que l'on aurait cru qu'il dormait. C’est extrêmement troublant mais, je vous l’assure, cela facilite la vie, surtout si l’on n’est pas bavard. Finis les « viens ici, assis, on y va, attends- moi… ». Par contre on est obligé de se surveiller en permanence. Je me souviens du jour où passant à côté d’une boucherie en me demandant où ils jetaient la viande j’ai vu une poubelle qui me parut convenir à cet usage. Un dixième de seconde après la poubelle était renversée et il courait tenant dans sa gueule un intestin qui se déroulait avec grâce derrière lui.

    Le deuxième, un Yorkshire terrier était -peut-être du fait des ses origines Anglaises- un chien déducteur. C’est-à-dire qu’il bâtissait des raisonnements. Lorsque le soir de son arrivée à la maison (il n’avait pas trois mois) il est venu dans le salon avec sa petite tasse d’eau vide entre les dents nous avons été surpris. Autant que le jour où à la campagne après avoir vainement chassé des taupes dans un champ, il s’est assis, a considéré les mottes levées par elles, a suivi des yeux la courbe qu'elles dessinaient et est allé creuser un peu après la dernière pour aboutir à ses fins.

    Mais tout cela nous éloigne du chien de ma cousine et de ce qu’il a de si particulier, extraordinaire même… et surtout, hélas, fort embarrassant !
    Je vous le dirai dans quelques jours car ma note est un peu longue. À bientôt !

     

    La semaine prochaine : un chien très spécial 

  • M. Ramadan

    Voici, en version intégrale un texte de M. Ramadan, publié sur son blog de la tribune de Genève. Il n'y a rien à ajouter devant tant de beauté.

     

    Existe-t-il une plus belle vérité ?


    Je revenais ce matin de la mosquée après avoir accompli la prière du matin. En me rendant au bord du quai, j’ai été frappé par la beauté mélodieuse du chant d’un oiseau haut perché quelque part dans les arbres. Trop souvent, le bruit de l’agitation journalière nous empêche d’être sensibles à la beauté des choses naturelles. Mais à l’aube, avant que le soleil ne se lève, il existe un moment magique où tout se révèle dans la transparence de l’être. Car tout a un sens, quand bien même ce sens nous échappe.


    Pour qui chantait cet oiseau, faisant écho à la récitation recueillie des imams ? A l’heure où beaucoup dorment encore ?
    Le Coran dit : « Nous avons accordé une grâce à David de Notre part. Ô montagnes et oiseaux, répétez avec lui (les louanges de Dieu) ! » (34,10) David récitant les Psaumes merveilleux et les prières sublimes que lui inspirait son Seigneur devait ainsi être accompagné par l’écho des montagnes et le chant des oiseaux !


    Adoration de toute la création, dont nous ne comprenons pas nous autres le langage secret : « Les sept cieux et la terre et ceux qui s’y trouvent célèbrent Sa gloire. Et il n’existe rien qui ne célèbre Sa gloire et Ses louanges. Mais vous ne comprenez pas leur façon de Le glorifier. Certes, c’est Lui qui est Indulgent et Très Pardonnant. » (Coran, 17, 44)
    Ce qui signifie que tous les êtres sont pareillement soumis à Dieu : de la plus infime particule de l’atome aux galaxies les plus éloignées, toute la création obéit à la loi divine, et rend grâce au Créateur.
    Aux êtres humains cependant a été donnée la liberté fondamentale de se soumettre ou de se rebeller : « Ne vois-tu pas que c’est devant Dieu que se prosternent tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux, ainsi que beaucoup d’hommes ? Il y en a aussi beaucoup qui méritent le châtiment. Et quiconque Dieu avilit, personne ne peut l’honorer. Dieu fait en vérité ce qu’Il veut. » (Coran, 22, 18)


    La dignité de l’homme réside dans sa soumission à Dieu. A ceux qui ont choisi la rébellion ou l’indifférence, rejetant la religion naturelle, nous conseillons de laisser les vains discours et les spéculations oiseuses. Qu’ils fassent ce simple exercice : qu’ils sortent une heure avant l’aube et qu’ils prêtent seulement une oreille attentive à ce qui se dit : voici le chant des oiseaux. Où donc résonne le chant des hommes ?

  • A l'église

    La messe du dimanche soir dans mon quartier s’est bien transformée au fil des mois.

    Elle attire de plus en plus de monde. Tout le monde est épuisé le samedi. Le dimanche matin on préfère aussi rester au lit. Alors on va à la messe le dimanche soir.
    Les prêtres changent souvent. Il y a d’abord les prêtres étrangers. Ils sont tous différents mais ont un point commun : ils sont incompréhensibles. Lorsqu’un prêtre sud-américain vous dit « Pierre et les apôstles sé sont enfilés dans lé lag dé Tibériate » vous vous réveillez brutalement si vous aviez eu tendance à somnoler au fil de l'hermétique discours débité avec application depuis douze minutes. Je sais qu’il voulait dire « ont jeté leurs filets dans le lac de Tibériade » mais ce sont des choses qu’on n’oublie pas.
    Ce sont de bons moments. Et d’abord de voir à quel point les paroissiens se retiennent de rire ou écoutent avec application sans manifester quelque impatience que ce soit. Leur charité n'est pas un vain mot.

    Et puis parfois, et de plus en plus souvent, une homélie tellement extraordinaire -par un prêtre que l’on n’avait jamais vu et que l’on ne revoit pas - tellement extraordinaire que l’on en reste marqué pendant longtemps.

    Deux d’entre elles me reviennent à l’esprit.

    Le première fois le prêtre était un professeur. Il nous expliqua pourquoi la bonne nouvelle annoncée par le Christ -vous êtes sauvés- ne pouvait pas être tolérée par les prêtres de son époque. En effet ceux-ci disaient « vous serez sauvés si vous menez une vie exemplaire et conforme aux dix commandements -je simplifie- à cette condition seulement, vous serez sauvés ».
    Sur ce le Christ arrive et dit « je vais vous annoncer une bonne nouvelle : vous êtes sauvés, de toutes façons. Par contre aimez-vous les uns les autres, mais vous êtes vraiment sauvés d'abord et avant tout. Si vous me donnez vos souffrances, je les prends et je vous garde un coin, là-haut. Je prends tout le mal. Moi, le fils du chef, je prends tout le mal pour moi et je vous sauve. 

    Bien sûr qu'il faut respecter les commandements, mais si vous vous aimez les uns les autres, tout ira bien. Même les pas-beaux, les mal-faits, les pauvres et les non-juifs. Le Livre, la Bible, c’est bien mais ce qui compte c’est l’Amour. Et contentez vous de l’Amour, ça sera déjà pas mal. »

    Dans ces conditions son destin était écrit. Il mettait à bas l'édifice de contrainte et de peur édifié par les scribes et les Pharisiens et c'était intolérable. il fallait qu’il meure. Point.

    Et dimanche dernier deuxième miracle. Le père nous parle d’une vieille dame. Malade, immobilisée, elle se dit inutile. Et le père lui explique qu’un tas de gens, grâce à elle, ont une vie différente. Sa fille, divorcée récemment, qui prend du temps pour s’occuper de sa maman et oublie ainsi son chagrin. Son fils, chômeur après avoir fait de mauvaises affaires, qui reste auprès d’elle et y trouve une raison de vivre. L’aide ménagère, l’infirmière. Et le père lui-même. Non cette dame n’est pas inutile.

    Vive la messe du dimanche soir !

  • Salut, l'ami



    Salut, petit bonhomme.


    Tu ne viens plus me voir quand je déjeune, récupérer une miette.
    Tu n’es plus non plus dans l’escalier pour m’accueillir en te couchant à mes pieds.

    Tu étais si intelligent, sensible et instinctif. Joueur et bagarreur.
    Sale Anglais, c’est en jouant que tu es mort car les chats étaient des copains pour toi et celui après lequel tu courais ce soir là viens encore me voir aujourd'hui pour me dire : "où est-il ?"

    Je n’ai pas envie de parler de ta fin. Quand la voiture t’a heurté j’ai cru que ce n’était pas grave, comme d’habitude, mais même moi je n’ai pas senti ma main qui saignait.

    En courant vers la maison, je sentais ton corps relâché dans mes bras et je croyais que c’était de confiance, mais tu mourais doucement.

    Posé sur le carrelage, ta petite langue rose pâle pointant entre tes dents, c’était déjà fini mais je voulais appeler le vétérinaire alors que vous saviez tous que cela ne servait plus à rien.

    Je n’ai pas eu beaucoup d’amis. Trois je crois, et toi. Quatre donc.

    Salut, l’ami.

     

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  • La gentille femme de ménage.

    La gentille femme de ménage.
     

    On trouve deux sortes de femmes de ménage, les méchantes et les gentilles. Nous ne nous attarderons pas sur les premières en vous laissant tout le soin de les détecter et donc des les éviter.
     
    Petit retour en arrière.

    La multiplication des femmes de ménage en ce début de siècle, alors que la profession avait pratiquement disparu au milieu du siècle dernier et ne consacrait plus ses effectifs réduits qu'aux grands de ce monde, est due, vous le savez au travail de nos compagnes…et au nôtre.
     
    Actuellement le jeu est le suivant : l'homme et la femme travaillent à l'extérieur pour gagner de l'argent qui, transitant par un compte joint des conjoints repart illico en loyers, loisirs, enfants et…femmes de ménage, la somme restante au bout du compte tangentant toujours le zéro comme à l'époque où la femme ne travaillait pas.
     
    Certains pourraient hâtivement en déduire qu'il n'est donc pas nécessaire de travailler à deux pour en arriver là, mais, outre que ce serait une atteinte intolérable au droit de la femme de se ruiner la santé, ce serait faire fi du bien-être apporté au passage par cette source de revenus doublée : loisirs qu'on ne peut prendre faute de temps, achats stressants en centres commerciaux, augmentation du niveau de vie et de confort des enfants et augmentation corrélée de leur ressentiment envers leurs parents.
     
    Je parle, je parle, mais je ferais bien de me dépêcher car au train où la vie augmente ce que j'écris devient faux le niveau de vie baissant très vite. Depuis 1981 les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Avec l'ancienne droite –De Gaulle, Pompidou et même Giscard, quoique- les riches étaient aussi riches mais pas beaucoup plus, tandis que les pauvres s'enrichissaient.
    Avec la droite de Sarkozy, tout le monde devient pauvre sauf ses amis.
     
    Revenons à nos femmes de ménage.
     
    J'ai quand même des remords avant d'attaquer le vif du sujet et je vous donne quelques trucs pour déceler la méchante femme de ménage :
    -elle communique pour se faire connaître – affichettes dans les commerces, annonces dans les journaux gratuits, etc.
    -lors du premier contact par téléphone elle vous fait part de sa grande expérience et du fait, apparemment contradictoire qu'elle ne fait des ménages qu'à la suite de déboires matrimoniaux dus à un époux inconstant, ingrat et volage.
     Attendri le couple laborieux la reçoit.
     
    Elle a 44 ans, un caleçon moulant gris ou noir, des traits durs sous des cheveux décolorés et commence par vous exposer ses propres contraintes : "je ne peux travailler que le lundi de 7 heures 50 à 10 heures 30 et le vendredi après-midi car :
    -je garde aussi des enfants,
    -je fais des permanences bénévoles à l'UFC- Que choisir,
    -je m'occupe de 3 vieilles dames, les pauvres…"
     
    Puis pressée de questions ( un projet de loi sur l'enregistrement vidéo des entretiens avec les femmes de ménage a d'ailleurs été déposé par un député UMP ), pressée de questions donc, elle finit par annoncer son taux horaire qui, tout en étant légèrement inférieur à celui d'un dentiste-vétérinaire est très supérieur à celui du JH ING DÉB DIPL ESI ROUBAIX que vous fûtes il y a bien longtemps.
     
    Sans relever la tête pour jauger l'effet produit elle ajoute "c'est un peu moins cher que mon tarif habituel mais je comprends que travaillant tous les deux vous ayez grand besoin d'un aide et, de plus, vous m'êtes sympathiques."
     
    A ce moment là, soit vous lui dites que vous allez réfléchir, soit vous l'embauchez sur le champ jusqu'au drame final qui se produit dans un délai de 4 à 6 semaines après qu'elle ait noyé le chat dans la piscine –il a glissé- fait disparaître l'Ipod de votre fille et égaré le 23 décembre le DVD du roi lion acheté le 22 pour la petite nièce.
     
    Avec un peu de chance vous transigez avec une faible indemnité lui permettant à peine de se payer une médiocre Logan mais, avec moins de chance, vous perdez devant les prudhommes qui donnent toujours raison aux gentils employés contre les méchants employeurs.
     
    Mais comme tout cela est bien triste, passons vite à la gentille femme de ménage.
     
    Elle est aussi facile à reconnaître qu'elle est difficile à trouver. Pas d'annonces, pas de tract, mais le bouche à oreille polyglotte, d'une bouche française à une oreille portugaise, puis à une bouche arabe et retour.
    En bref, elle ne se recrute que par relations, un peu comme la ministre de la justice ou, autrefois, le porte-parole.
     
    Si, par chance, vous arrivez à la trouver, vous la reconnaitrez facilement, elle aussi.
    A 35 ans elle est légèrement empâtée comme il sied aux méditerranéennes bonne cuisinières de surcroît. Habillée simplement, son visage respire l'honnêteté, son tarif horaire est le plus bas possible, soit le prix d'un beau magazine ou d'un mauvais repas.
    Vous donnez tout de suite votre accord, ravis d'avoir trouvé cette perle.
    Le soir même, blottis l'un contre l'autre, vous en parlez entre époux : "quelle chance…elle est vraiment bien… c'est un peu normal, c'est par relations…"
     
    Elle arrive le lendemain matin et l'un de vous reste pour lui donner quelques instructions et, discrètement, observer son travail. Vous faites bien car le spectacle en vaut la peine.
    La gentille femme de ménage est une fée. On croit la voir près de l'évier, elle est déjà dans la salle de bains où l'on tente de la rejoindre. Trop tard, elle a quitté cette pièce où baignoire et lavabos resplendissent pour aller étendre le linge de la deuxième lessive.
    Elle trouve le moyen d'embrasser au passage la petite dernière et de caresser le chien. C'est un miracle. C'est Clochette et Cendrillon. C'est madame Propre. C'est trop.
     
    Le soir, re-séance de congratulations conjugales lorsque l'on récapitule les hauts faits de cette mémorable séance de nettoyage qui marquera les esprits du couple pendant 2 ou 3 mois.
     
    Et c'est sans doute là tout le problème car c'est grâce à cette première impression époustouflante que vous ne prendrez pas conscience de la subtile évolution qui va survenir.
    Petit à petit pourtant, certains signes avant-coureurs apparaissent, mais, toujours sous le choc on les attribue à un membre de la famille ce qui donne les dialogues suivants :
     
    -tu ne lui a pas dit de nettoyer le lavabo ?
    -pourquoi c'était à moi de lui dire, je croyais qu'elle le savait ?
    -oui, mais elle a du penser à faire le plus urgent d'abord, il fallait lui expliquer
    -donc c'est de ma faute si elle a mal fait son travail.
    -non, je n'ai pas dit ça et je comprends qu'avec le désordre des enfants elle ne puisse pas tout faire.
    -c'est vrai ils exagèrent. Tu devrais être un peu plus ferme".
    Et ainsi de suite…

    Avec le temps, avec le temps… d'autres phénomènes curieux apparaissent.
    Tout d'abord les expériences de lessive : le t-shirt rouge de la fille lavé avec le polo et le short du tennis du garçon donnent pour résultat un adolescent furieux, bien qu'adorablement vêtu en rose bonbon, qui brandit une raquette en menaçant d'assommer la fée du logis.
    Il faut dire que la lessive est une activité où la gentille femme de ménage manifeste le plus son esprit de système et sa méthode – si on est indulgent- son manque d'intelligence – si l'on est adolescent.
     
    Elle lave en effet d'abord le moins urgent : draps, couettes, oreillers (il y en a 600 dans la maison), c'est le lundi.
    Puis les serviettes, c'est le mercredi.
    Puis les hauts (corsages, chemises, polos, pulls –le cachemire à 90°C), c'est le vendredi.
    Puis des draps le lundi suivant.
    Puis les pantalons, shorts et jupes le mercredi.
    Et parfois, en de rares occasions il faut le dire, deux slips et deux chaussettes de genre, de race et de langues différents.
     
    Au passage je remarque que la saga des chaussettes orphelines et des bas veufs reste à écrire. A croire que chaque logement recèle une cachette secrète où se nouent des intrigues passionnées entre veufs et orphelines, veuves et orphelins, amours hélas stériles car on ne revoit jamais apparaître les fruits de ces amours textiles.
     
    Les résultats de cette implacable organisation sont les suivants :
     
    -le lundi vous pouvez aller qui au bureau, qui au lycée, qui à l'école, mais sans jupe, ni pantalon, ni slip, ni chaussettes.
    -le mercredi vous ne pouvez pas sortir car vous êtes tout nu. C'est le jour où la famille circule dans le couloir, drapée dans des couvertures. On dirait d'une tragédie grecque ou bien, le soir, d'une procession de revenants dans un château au nord d'Edimbourg.
    -le vendredi vous avez tout jusqu'à la ceinture mais rien au dessous. La gent féminine proteste.
    -le samedi et le dimanche vous lavez comme des fous pendant deux jours et deux nuits et le lundi tout est en ordre jusqu'au retour de la gentille femme de ménage.
     
    L'autre activité où se révèle la gentille femme de ménage est le dépoussiérage : qui n'a pas vu ces magnifiques carrés de poussière sous les meubles de même forme ou ces vases de cristal opaque n'a rien vu. Qui n'a jamais déplacé un cendrier pour découvrir un cercle parfait de propreté à l'endroit qu'il occupait n'a pas connu les bienfaits de la gentille femme de ménage.
    Mais au bout de quelques mois tout le monde tousse et, le soir sous les lumières des spirales de poussière montent et descendent gaiement, comme les flocons d'une neige éternelle.
     
    Alors ces quelques désagréments vous font voir la gentille femme de ménage sous un autre aspect. On parle de lui signifier son congé, initiative hautement approuvée par les ados qui en ont assez de se voir reprocher de lui faire perdre son temps précieux à ranger, "si vous rangiez vos affaires, elle ne ferait pas de bêtises pour le linge, etc."
     
    Mais c'est sans compter sur la volonté populaire. En effet la gentille femme de ménage n'a pas besoin de prudhommes car elle a des alliés dans la place.
    Les petits enfants d'abord, les animaux ensuite.
    Enfants jeunes, animaux et gentilles femmes de ménage ont des goûts, des aptitudes et, logiquement, une stratégie parallèles.
     
    Leurs goûts les portent au rythme nonchalant que le gentille femme de ménage a adopté après sa première et unique séance de démonstration Clochette+Cendrillon.
    Ils adorent les pauses Coca avec celle qui retape les coussins devant la télé et ne dédaigne pas de s'asseoir quelques secondes avec eux – elle est fatiguée la pauvre- pour profiter d'un bon dessin animé.
    Leurs aptitudes sont similaires : économiser naturellement l'énergie et ne l'utiliser que pour des activités de survie, se reposer et manger.
    Leur stratégie enfin est identique : être le plus efficients possible, c'est à dire faire le moins pour avoir le plus.
     
    Le spectacle rarement observé –car leurs systèmes d'alerte avancée qui combinent  chiens frétillants et verrous à double tour sont difficiles à déjouer- mais facile à imaginer, d'une petite fille, d'un petit garçon et d'une gentille femme de ménage en train de dessiner pendant que le caniche papatte l'assiette de gâteaux au bord d'une table basse est tellement beau, tellement émouvant qu'il ne peut que contribuer à l'élévation générale des mœurs et de la morale.
    Et c'est un spectacle qui a d'autant plus de valeur qu'il est payant, et même plus cher, à l'heure, qu'une séance de cinéma.
     
    Vous comprendrez pourquoi cette auxiliaire, si elle n'est pas parfaite, est bien utile socialement. De toutes façons c'est une manière comme une autre de dépenser l'argent gagné par le couple doublement acharné au travail qui ne peut plus se
    permettre de s'accorder le rythme qui devrait être celui de tous les êtres humains : celui des gentilles femmes de ménage.
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

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