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terrorisme

  • M. Ramadan et le terrorisme

    Voici ce que nous écrit un lecteur à propos de la note du 11 mars où je vous livrais un très beau texte de M. Ramadan :


    "et le terrorisme lui ? Pourquoi Ramadan ne condamne pas les actes terroristes ? Pire il les justifie toujours?"

    Et il appuie son propos par des explications que vous pouvez lire dans les commentaires.

    Mais l'auteur de cette page sublime est le frère de Tariq Ramadan à qui vous faites ce reproche. Il est aussi à Genève et est professeur de français.

    Par contre je vous remercie de soulever une question immense à laquelle on peut, je crois, répondre simplement.
    Oui, le terrorisme n'est pas acceptable.
    Mais il est d'autant moins lorsqu'il est le fait d'un Etat – comme disait Nietzsche,
    "l'Etat est le plus froid des monstres froids".
    On ne sortira du terrorisme que lorsqu'un homme d'état Israélien ou Palestinien condamnera tout terrorisme ou contre-terrorisme et y
    renoncera UNILATÉRALEMENT. Il faudra qu'un jour un homme ait ce courage exceptionnel. Ce sera peut-être d'ailleurs une femme.

    Le terrorisme d'Etat contre des civils aboutit à ce que j'ai vu à Beyrouth : une petite fille de trois ans qui venait d'ête amputée d'une jambe à la suite de l'explosion d'un obus. C'était un spectacle terrifiant, et je peux comprendre le désir de vengeance de proches assistant à cela.

    Mais en m'approchant d'elle je me suis aperçu que son visage était serein. Depuis j'ai toujours pensé que Jésus, comme un grand frère, lui tenait la main.

  • La puissance mondiale et le terroriste

    Un dialogue entre la puissance mondiale et le terroriste

     

    La puissance mondiale :

    Tu fais irruption dans notre monde qui se doit d’être calme et propice à la consommation pour y apporter la mort, la souffrance et, surtout, une inquiétude permanente.
    Alors que nous, tout  ce que nous voulons c’est vous apporter nos produits et notre culture. Une culture fondée sur la plus grande civilisation du monde, celle de nos pères fondateurs et de leurs immortels principes.
    Tu nous fais souffrir injustement.

    Le terroriste :

    C’est vrai, mais c’est le seul moyen d’entrer en contact avec toi, de n’être pas considéré comme un consommateur obéissant aux ordres transmis par la publicité ou par vos Etats : achetez, vendez nous à bas prix vos matières premières, fabriquez, le moins cher possible, ce que nous vous vendrons à notre tour.
    Mais pour cette prise de contact, toute de chaleur et de lumière, nous donnons ce que nous avons de plus cher : notre vie. Nous ne pouvons pas payer plus. C’est la monnaie universelle qui vaut bien plus que tout l’or du monde. Tu dis toi-même que la vie est le bien le plus précieux. Tu la protèges même, je crois, à l’excès. Certains de vos vieillards, attachés à leur lit, ne vivent plus que par des tuyaux, des fils. Quel supplice ! Ne seraient-ils pas mieux au paradis ? Mais y crois-tu encore au paradis ou veux-tu à tout prix qu’il soit sur terre ?

    La puissance mondiale :


    La vie du consommateur m’importe beaucoup, oui, oui.
    Mais reconnais que la vie des personnes âgées et pauvres ne nous importe pas toujours et que nous sommes prêts à la sacrifier si leur famille ou leur retraite ne peut payer les soins que tu évoques. La vie des handicapés aussi, bien que nous fassions des efforts pour qu’ils consomment le plus possible : c’est leur chance de survie, leur chance de naître, de ne pas être éliminés avant la naissance.
    Nous disons, consommez, enrichissez nous et vous serez sauvés. C’est là notre bonne nouvelle. Les hommes seront sauvés. Il leur est seulement demandé d’acheter. Il y a bien longtemps un certain Jésus avait dit que l’Amour nous sauverait. Il s’est trompé et d’ailleurs il en est mort, très jeune.

    Le terroriste :

    Tu nous apportes la consommation, tu nous prends nos matières premières et tu nous apportes ta culture dis-tu. Mais cette culture ne ressemble en rien aux principes qui sont censés être les tiens et qui, dis tu encore, ont fondé ta civilisation. Apporte-moi au moins des symboles, des signes qu’il existe une possibilité, si minime fut-elle d’être politique, de négocier, de se regarder, que sais-je…

    La puissance mondiale :

    Mais cette culture c’est la nôtre. Compare nos feuilletons policiers à ceux que nous produisions il y a seulement trente ans : ils sont devenus grossiers, violents, malsains. Comme notre société. L’inspecteur Maigret c’est fini, dépassé, personne ne se reconnaît en lui.
    Regarde ces files d’hommes et de femmes qui se dirigent vers nos hypermarchés, voilà ce que nous pouvons te donner. Au printemps, sous les premier rayons du soleil vois ces jambes boudinées, ces visages de femmes noyés dans la graisse, cette graisse qui les protège des agressions et les maintient dans leur fonction essentielle, consommer. Respire l’odeur âcre qui s’échappe de leurs vêtements à bon marché. Nous ne pouvons te donner que cela. Et nous devons te le donner pour que tu deviennes comme nous.

    Le terroriste :


    Pourtant j’ai lu ton histoire et je connais ta religion. Moi, j’ai la foi. Toi semble-t-il, tu connaissais l’amour. Tes saints et Jésus lui-même parlaient sans cesse d’amour. Donne nous cet amour. Ton amour et notre foi pourraient devenir des symboles d’échange et d’accords, improbables aujourd’hui, possibles demain.

    La puissance mondiale :


    L’amour a changé de sens chez nous. Il est devenu, aussi, marchandise : amour sur la une des journaux, à l’affiche des films, mais le mot n’a plus de sens, n’a plus le sens que lui donnaient les saints et Jésus.
    D’ailleurs, tu me le disais toi-même, l’amour, c’est toi qui le possèdes. Le Christ a dit « il n’y a pas d’amour plus grand que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ». Toi le terroriste, le pauvre, sans même les produits de ton sol que l’on te prend, tu gardes ce que nous avions de plus précieux. Il ne nous reste rien. Tu donnes ta vie éternelle quand tu nous frappes et tu ne nous laisses pas l’amour puisque tu nous donnes tout en échange.
    D’ailleurs il n’y a plus d’échange, plus de symboles, plus de politique. Nous n’avons plus rien à te donner que ce que nous proposons aujourd’hui. Nous te donnerons de plus en plus ce que nous avons de mauvais. Notre sous-culture, nos bombes, nos maladies et plus encore, nos maladies de l’âme, nos perversions. Nous te donnons tout ce que nous avons. 

    Le terroriste :

    Je voudrais prendre tout cela mais je sais qu’en l’acceptant je perdrai non pas la vie, je la gagne en la perdant de toutes façons -comme disait votre Saint françois « c’est en donnant sa vie que l’on gagne la vie éternelle »- mais l’espoir de ma vie future, de mon bonheur éternel et cela, même si je suis prodigue de mon bonheur terrestre, je ne peux l’accepter. Parce que, justement, j’ai la foi.
    Pourtant crois-moi c’est difficile aussi ce que je fais. Avant que d’appuyer sur la mise à feu de ma bombe, je vais penser au soleil qui au petit matin caresse les vergers de Bethléem et à la nuit d’hiver qui, brutalement, transforme les oliviers de Nazareth en autant de mains tournées vers le ciel mais où, parfois, il me vient la pensée fugitive et sacrilège que Dieu nous oublie.
    Je pense aussi à la douceur de la joue de ma fiancée, qui ne sera jamais ma femme, et qui est, dit ma mère, aussi belle que Myriam, la vierge Marie.

     

     

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    La puissance mondiale :

    Ce Saint François n’est plus le nôtre. Nous refusons tous les saints. Nous sommes des gens réalistes, honnêtes, qui ne vendent pas du vent.
    Et puis ça suffit, nous n’y changerons rien. Ni toi, ni moi. Les dés de fer ont été lancés, je les entends rouler. Ils vont s’arrêter d’un moment à l’autre. Je serai vainqueur-perdant et toi perdant-vainqueur. Mais toi et les tiens vous souffrirez, des bombes certes, mais surtout de la civilisation, si l’on peut dire, que nous nous préparons à t’offrir. Essaie de continuer, au fond, pourquoi pas ? Peut-être que la douleur des mères portant leur enfant déchiqueté est préférable à l’immense pourrissement qui nous a gagné et qui va atteindre vos côtes. Car à côté d’une mère qui pleure, combien d’amours, de poètes, de saints allez vous encore produire ? As-tu choisi ?

    Le terroriste :

    Je n’ai pas à choisir. Dieu m'a choisi.

     



     

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